Pêche: Le plan Ibhar fait tanguer Halieutis

  • Le programme de modernisation des bateaux, en rade
  • Baisse du CA et de la production de la pêche côtière
  • 80% des entreprises de la pêche hauturière en difficulté

Premier port de pêche, plus de 230 navires de pêche hauturière, 250 bateaux de pêche côtière, près de 1.300 barques artisanales… La pêche, secteur névralgique pour la région, voire le reste du pays, représente le baromètre de l’état d’avancement de la stratégie Halieutis. Si au niveau du développement des infrastructures, le bilan de ce plan est positif, il faut reconnaître qu’en termes de mise à niveau de l’outil d’extraction, les objectifs ne sont pas encore atteints. Et pour cause, le programme Ibhar de modernisation et de mise à niveau dans sa deuxième mouture, n’arrive toujours pas à décoller. Pourtant, il est opérationnel depuis l’an dernier et mis en œuvre avec l’implication des chambres professionnelles. Mais aujourd’hui, le projet coince au niveau du département des Finances. Aussi beaucoup d’opérateurs sont inquiets car ils ont déjà investi dans de nouveaux équipements en attendant la subvention. Auprès du département de tutelle, on explique que la contrainte pour tous les candidats est qu’ils doivent se prévaloir d’une situation fiscale régulière pour bénéficier de la subvention. Or, aujourd’hui, il semblerait que des concernés ont présenté des factures non conformes aux critères clairement retenus dans ce programme, est-il indiqué. Pour l’heure, le ministère de la Pêche est en négociation avec le département des Finances pour faire avancer le programme. Pour Abderrahmane Sarroud, président de la Chambre des pêches maritimes d’Agadir, la démarche est d’importance pour des raisons de durabilité de la ressource. Et cela passe par la modernisation et la mise à niveau de toutes les filières. Il y va en fait de la compétitivité du secteur. Le professionnel va jusqu’à dire que la réussite du plan Halieutis dépend de celle de ce programme. Pour l’heure, on retient dans le secteur un recul de l’investissement et une baisse de la production de 30% au niveau de la pêche côtière comparativement à l’an dernier. Situation difficile pour les opérateurs face à des charges de production qui restent les mêmes avec un chiffre d’affaire en baisse. Dans la filière hauturière, c’est le marasme. Plus de 80% des entreprises sont en liquidation ou en redressement. Dans le secteur, les professionnels montrent du doigt également la problématique de la commercialisation. Dans la chaîne cette situation porte préjudice tant aux armateurs et marins pêcheurs qu’au consommateur final, souligne Sarroud. Les gagnants dans l’histoire, ce sont bien sûr, les intermédiaires qui font passer les prix du simple au double. A titre d’exemple, le kg de soles de 50 DH au débarquement arrive à 100 DH le kg au consommateur final. Pour le professionnel, «il y a deux pistes à explorer: soit l’Office national des pêches doit prendre en charge la commercialisation du produit, soit il faut libéraliser le secteur». En attendant, aujourd’hui, l’actualité au niveau du département de tutelle c’est les mesures prises il y a tout juste quelques jours pour l’application des dispositions légales de marocanisation des équipages à bord des navires battant pavillon marocain. Et pour cause, ces dispositions prises depuis des années suite à l’arrêté ministériel de 1934 relatif, au programme de marocanisation et le décret de 1961 n’étaient pas appliqués par bon nombre d’entreprises du secteur. La remise au goût du jour de ces dispositions va générer quelque 300 postes d’emplois jusque là occupés par des étrangers. Et bien sûr en raison de la concentration de l’activité dans la région, c’est encore une fois Agadir qui va en profiter.

Petit à petit
Depuis le lancement du plan Halieutis, le ministère de la Pêche a à son actif un grand nombre de réalisations malgré les contraintes et les tensions qui marquent l’activité. Sur le plan régional, l’aménagement d’une nouvelle halle en est une. Une structure inaugurée en janvier 2011 par le Souverain et qui a nécessité un investissement global de 70 millions de DH. Pour rappel, la nouvelle halle d’Agadir, érigée sur une superficie 7.650 m2, dont 5.740 m2 couverts, comprend un espace de vente, un SAS d’expédition, un SAS d’identification et des locaux techniques et administratifs. Sur le plan de l’axe de la performance, figure l’instauration du dispositif VMS pour le suivi satellitaire des navires. Autres démarches mise en œuvre dans le cadre de l’amélioration de la performance, la mise en place des mesures de lutte contre la pêche INN (Pêche non déclarée, non réglementée) ainsi que celle de la gestion à travers le global operator sans oublier la généralisation de l’utilisation des contenants normalisés, à travers l’introduction des caisses en plastiques. Une mesure qui a été marquée par des résistances lors de son lancement. Mais aujourd’hui, les opérateurs semblent l’avoir intégrée dans la gestion de leurs entreprises.   En matière de compétitivité, plusieurs actions sont en cours comme la réalisation du pôle de compétitivité à Agadir à travers le projet du parc Haliopolis. Au niveau de la durabilité, autre axe de la stratégie Halieutis, les plans d’aménagements pour diverses espèces sont opérationnels. La création de l’Agence d’aquaculture et l’adoption d’une loi interdisant l’usage des filets maillants dérivant dans les eaux nationales est aussi à inscrire au bilan du plan Halieutis.

M. A. – leconomiste.com

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A propos Michel Terrier

Un ancien d'Agadir revenu au pays.
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