Tourisme au Maroc : Bras de fer en attendant le ministre

«L’année 2012 risque d’être pire que 2011». L’affirmation émane de Fouad Chraîbi, président de l’Association nationale des investisseurs touristiques (ANIT), et renseigne sur une certaine inquiétude qui prévaut chez les professionnels du tourisme au Maroc. Selon la plupart d’entre eux, la machine touristique nationale est à l’arrêt, en attendant l’opérationnalisation de la Vision 2020. Pourtant, ce n’est pas le même son de cloche que l’on recueille auprès des autorités, lesquelles mettent en avant la création, le 24 novembre dernier, d’un fonds baptisé Wessal et destiné au secteur touristique. Un fonds doté, via des engagements financiers qui ont été signés par les autorités avec nos partenaires du Golfe, de 23 milliards de DH de fonds propres. De quoi restaurer une confiance écornée tant par l’incidence fâcheuse du printemps arabe que par le contexte économique alarmant qui prévaut en Europe, notre premier pourvoyeur de touristes. Pas si sûr, car comme le défend Fouad Chraîbi : «Créer Wessal est une bonne idée, mais cela reste insuffisant tant que la Vision 2020 n’est pas opérationnalisée d’urgence».

Retard de la vision 2020
En fait, le patron de l’ANIT estime que rien ou presque n’a été fait dans ce sens. «On devait créer la Haute autorité dans les 6 mois après la signature de l’accord, cela n’a pas été fait. On devait créer 4 agences de développement territorial touristique, la première année. Là encore, force est de constater que rien n’a été fait», fustige-t-il. Pire, selon certains professionnels, rien ou presque n’a été fait, cette année, en matière d’investissement et de promotion. Cela veut-il dire pour autant que 2011 est une année perdue pour le tourisme national, si ce n’était la manne providentielle tombée du Golfe, fin novembre? Rien n’est moins sûr. Car, il faut surtout avoir à l’esprit que cette année a surtout été celle de la «résistance» dans un contexte difficile. «Malgré la conjoncture politique et économique mondiale, le nombre d’arrivées de touristes a progressé en 2011. Certes, la progression est timide, elle est néanmoins notable comparativement aux autres pays du sud de la méditerranée.», plaide Hamid Addou, directeur de l’Office national marocain du tourisme (ONMT). Les chiffres confirment les propos du patron de l’Office et font transparaître une progression des entrées aux frontières, là où elles ont drastiquement chuté chez nos voisins. Les chiffres de l’Office des changes abondent aussi dans le même sens en faisant état d’une croissance des recettes touristiques.

Imbroglio sur les chiffres
A contrario, les chiffres des professionnels prennent à contre-pied ces statistiques. Elles affichent clairement un recul des nuitées. Simple effet de comptabilité ou vrai problème de fond ? Toujours est-il que le ministère a décidé de lancer une étude pour clarifier cette situation pour le moins ambigüe. «Les premiers résultats expliquent cet écart par une sous-déclaration de certains hôteliers toutes catégories confondues, y compris les hôtels 4 et 5 étoiles», signifie-t-on du côté du ministère de tutelle en portant un doigt accusateur vers les professionnels. «Trop facile», estime le patron de l’ANIT qui souligne, pour sa part, l’absence de preuves en la matière et surtout l’existence de moyens d’hébergement parallèles notamment dans les villes de Marrakech et d’Agadir. L’appel d’air de l’informel explique-t-il à lui seul l’écart constaté dans les chiffres ? Le département de tutelle a-t-il les moyens de prouver ses accusations pour pourfendre les professionnels incriminés ? Toujours est-il qu’un communiqué du ministère du Tourisme fait état d’une réunion avec la Fédération du tourisme (FNT) et la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH) à l’occasion de laquelle un plan d’action a été élaboré pour travailler avec les autres départements ministériels concernés en vue d’assainir cette situation. L’approche consisterait en la mise en place d’un système de déclaration électronique alimentant, en matière statistique, le département du tourisme, la FNT ainsi que les autres départements? Encore faut-il faire avec les établissements qui ne sont pas encore informatisés et surtout ceux qui se montrent réticents. Au ministère,on plaide qu’«il est important de préserver l’évolution de ce secteur stratégique pour le pays dans une conjoncture difficile où les pays de la région affichent une chute de 50% des arrivées, soit une véritable désertion des touristes».

Les professionnels en front uni
Même si l’objectif de préservation du secteur prévaut, aussi bien chez les autorités que chez les professionnels, une vraie partie de bras de fer semble engagée entre ces deux acteurs. C’est ce qui expliquerait le récent rapprochement entre la FNT et l’ANIT. Pourtant, Fouad Chraîbi se veut plus diplomate et s’il explique ce rapprochement en avançant qu’«il est temps d’être uni et fort face aux autorités», il tempère en arguant que «cela a pour but de faire bouger les choses» et que cela permettrait aux professionnels «de mieux prendre en charge les chantiers qui leur reviennent dans le cadre de la gestion commune de la Vision 2020». Du côté de l’ONMT, on qualifie de positif ce rapprochement et Hamid Addou d’expliquer : «Au vu de la crise économique mondiale que nous traversons, il est impératif de rassembler l’ensemble des forces vives du secteur pour y faire face. Ce rapprochement ne peut qu’être bénéfique à tous. D’un point de vue plus stratégique, il nous permettra d’œuvrer dans un seul et même sens, celui de la Vision 2020». Cette dernière, qui vise à conforter le tourisme dans son rôle de moteur du développement économique et surtout à hisser le Maroc parmi les 20 premières destinations touristiques mondiales à l’horizon 2020, représente donc, désormais, le point d’orgue de tous les acteurs du secteur. Les professionnels avaient, d’ailleurs, été mis à contribution lors de son élaboration. Ils n’en contestent pas les orientations, mais plaident pour l’urgence de son opérationnalisation. Ils attendent donc avec impatience la nomination du nouveau ministre du Tourisme qui aura à charge de porter ce lourd chantier.

Les défis du nouveau ministre
Les défis ne manquent pas en la matière, notamment, en ce qui concerne l’augmentation substantielle de la capacité litière. «Ce que nous attendons de la part du prochain ministre c’est qu’il soit à l’écoute des professionnels pour décider des actions qu’il convient de mener pour le soutenir, notamment en ce qui concerne la promotion qui reste insuffisante», plaide le patron de l’ANIT. Hamid Addou, quant à lui, résume en quelques mots les défis qui attendent le prochain ministre: «Mobilisation : de l’ensemble des acteurs du secteur. Dynamisme : il faudra réenclencher la dynamique 2020», et de conclure : «Sérénité : nous en aurons besoin pour traverser cette année».

Le Point de vue d’Othman Chérif Alami, Président d’Atlas Voyages et ancien président de la FNT.

Les possibilités de collaboration sont évidentes et existent de part et d’autres, professionnels et autorités, même si l’ensemble des parties conviennent de faire mieux et plus vite dans une synergie, une symbiose et une complicité absolument nécessaires. Toutefois, chaque partie doit, au préalable, bien respecter ses propres responsabilités et engagements, mais surtout adopter la véritable attitude d’un partenariat gagnant-gagnant au nom de l’intérêt national et vu les urgences. J’en appelle aux autorités pour qu’elles prennent en compte le rôle et la place qui reviennent au secteur privé dont l’engagement n’a jamais faibli afin d’assurer conjointement une meilleure promotion tant au niveau national qu’internationale. Le premier grand défi qui attend le prochain ministre du Tourisme, c’est de bien comprendre que le tourisme marocain ne peut être un tourisme comme les autres. C’est une activité qui met en relief plusieurs critères : La culture, l’histoire et la mémoire. Aussi, le tourisme prend une part de plus en plus importante dans le développement économique et social en respect de son authenticité, de ses valeurs et de sa dimension internationale. Car, c’est pour nous tous un véritable vecteur de paix et de tolérance.

Aziz SAIDI – lesechos.ma

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Publié 28 décembre 2011 par Michel Terrier dans Actualité, Agadir, Tourisme

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