Argane : 400 000 familles vivent de ce produit convoité

L’Argane rapporte seulement 125 MDH à l’export. L’espèce occupe environ 870 000 ha répartis sur plusieurs zones du sud du Royaume. La surface couverte recule de 600 ha/an sous l’effet du stress hydrique et de l’urbanisation.

Comme produit alimentaire ou pour un usage cosmétique, les vertus de l’huile d’argane dépassent très largement les frontières du Maroc. Aujourd’hui, l’arganier fait l’objet d’une grande convoitise avec, en toile de fond, de gros enjeux économiques et environnementaux. Le premier congrès international qui lui a été consacré, du 15 au 17 décembre à Agadir, a été justement l’occasion pour les experts de donner un large éclairage sur cet arbre bien marocain et les dangers qui le guettent, mais aussi sur ses perspectives car il en a, et de très prometteuses. Dans les coulisses, des producteurs d’huile ont profité de la présence de plusieurs décideurs et opérateurs pour dénoncer le laboratoire Pierre Fabre, «coupable» d’avoir enregistré le nom «argane» comme dénomination d’une gamme de produits (voir encadré). Ce problème n’a pas été officiellement évoqué. Le Dr Mohamed Ouater, président de la Fédération marocaine de la filière d’argane et aux commandes également de l’Association marocaine de l’indication géographique de l’huile d’argane (AMIGHA), souligne que ce congrès n’était pas le lieu indiqué. Il s’agissait plutôt, pour nombre de participants, d’un moment de réflexion sur les moyens de préserver cette espèce. C’est là d’ailleurs un des objectifs du contrat programme 2011-2020 signé par l’Etat et les professionnels lors des 4e Assises de l’agriculture tenues en avril dernier à Meknès. Ce document comprend plusieurs mesures pour moderniser les méthodes de production et d’extraction de l’argane et les moyens d’en faire un produit de haute valeur ajoutée, surtout que certains chercheurs parlent de possibilités d’application dans la lutte contre le cancer. Sur un budget de 2,25 milliards de DH, 800 millions seront dédiés à la densification, 400 millions iront aux travaux d’aménagement foncier et à la conservation des eaux et sols tandis que 50 autres millions seront mobilisés pour la construction, à Agadir, du Centre national de recherche sur l’arganier. En effet, comme l’a expliqué Aziz Akhannouch, ministre de l’agriculture et de la pêche maritime, la R&D est un axe privilégié du programme parce que l’Etat y voit un vecteur de développement d’une haute valeur ajoutée.

4 000 tonnes d’huiles produites par an, 400 exportées
Actuellement, la production d’huile est estimée à 4 000 tonnes par an, dont 400 exportées pour une contrevaleur de 125 MDH. Mais ces chiffres sont faussés par le fait qu’une partie des exportations se fait sous l’appellation «huiles végétales». Un spécialiste considère que sur les 4 000 tonnes, jusqu’à 70% sont exportés et le reste réservé à l’auto-consommation ou vendu localement. Quoi qu’il en soit, pour quelque 400 000 familles, l’arganier représente plus de 40% de leurs revenus. C’est pour cela qu’une très ancienne loi (elle date de 1925) accorde à la population installée dans certaines zones des droits de jouissance (cueillette du fruit, parcours des troupeaux, utilisation des sols pour des cultures d’appoint, le ramassage du bois mort…). Ce qui n’est pas de nature à garantir la pérennité de l’arbre. Ce faisant, le ministère de tutelle, à travers l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA, organisatrice du congrès) et le Haut commissariat aux eaux et forêts se sont impliqués dans la protection et l’encouragement de la culture. D’après leurs constats, l’arganeraie recule de 600 ha par an en raison notamment du stress hydrique, de l’urbanisation et des pratiques qui découlent des droits. L’arganeraie nationale occupe entre 820 000 et 870 000 ha, soit 17% de la superficie forestière nationale et 70% de la surface boisée de l’espace concerné. Cela va de Taroudant (360 000 ha) jusqu’à Essaouira (130 000 ha), en passant par Agadir (37 000 ha), Aït Melloul (13 000 ha) ou encore Inezgane (13 000 ha) et Chtouka-Aït Baha (90 000 ha)… Pour améliorer la production, mais aussi lutter contre la désertification, le contrat programme vise à porter la densité des arbres, actuellement de 30 à 50 par ha, à 100 arbres/ha. On relève à cet égard qu’un arbre donne entre 20 et 50 kg de fruits selon la variété et la région, et pour un litre d’huile il faut 38 kg de fruits.

Conflit : Les producteurs visent l’annulation de la marque Argane déposée à l’OMPI
Le laboratoire Pierre Fabre a déposé la marque «Argane» à l’Organisation mondiale de la protection intellectuelle (OMPI) en 1980. Cela est passé totalement inaperçu et puis, même si on lui avait opposé un quelconque argument ce n’était pas légalement recevable. Il fallait deux éléments fondamentaux : une loi protégeant les produits du terroir et des produits bénéficiant de ce qu’on appelle, au Maroc comme ailleurs, d’une indication géographique protégée (IGP). Le Département de tutelle, la région et le tissu associatif avec notamment l’AMIGHA s’étaient mobilisés et la loi sur les signes distinctifs d’origine et des qualités a été adoptée en juin 2008. Parallèlement, il fallait élaborer un cahier des charges et chercher des alliances chez les ONG. De l’avis du Dr Mohamed Ouraïs, président de la Chambre de l’agriculture du Souss, la région Aquitaine en France a largement contribué au processus, d’abord pour le conseil et ensuite pour le montage du dossier complet. La première certification est intervenue en 2010. Mais il faut aussi accompagner les 300 coopératives et mettre sur le marché des produits répondant aux normes. Aujourd’hui, les producteurs sont prêts pour reprendre possession de l’appellation «Argane», même si cela devait passer par une bataille juridique. Des négociations sont en cours depuis une année car le laboratoire Fabre qui avait attaqué un autre laboratoire, Clairjoie, pour défendre ses droits d’appellation a été débouté par le tribunal de grande instance de Paris qui a considéré que cette appellation ne pouvait pas être sa propriété pour la bonne raison qu’elle ne constitue pas un terme innovant mais un produit dont l’origine est marocaine.

Mohamed El Maâroufi – lavieeco.com

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Publié 29 décembre 2011 par Michel Terrier dans Actualité, Agadir, Agriculture, Argane

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