Une nouvelle visite au rucher collectif d’Inzerki

Le 4 avril, nous avons fait une nouvelle visite au rucher collectif d’Inzerki, en compagnie de Serge et Mireille Barutel avec Elyane et Robert.Nous avons revu ces étonnantes constructions de bois et de piséMalgré la restauration effectuée il y a quelques années (en 2005) certains compartiments sont en mauvais état : la cause est que la réhabilitation n’a pas été effectuée avec les matériaux traditionnels, en particulier, le bois utilisé pour une partie des structures n’est pas le thuya mais l’eucalyptus qui n’a pas du tout les mêmes propriétés de durabilité.Quelques ruches traditionnelles en roseau tressé.Nous avons été guidés par Brahim (à gauche)  et par Latifa que nous avons retrouvée (mais qui n’est pas sur les photos).Une ruche ouverte dans laquelle on aperçoit quelques abeilles pas très actives : il faisait assez froid (10°)Les ruches de Brahim, installées un peu à l’écartLe trou qu’on voit au bas des ruches est le passage des abeilles.La maison du gardien actuellement en piteux état mais il est prévu de la restaurer.

Nous nous sommes ensuite rendus chez Brahim pour déguster le thé à la menthe, avec la kesra, l’huile d’olive, le miel…en compagnie d’un invité surprise :Brahim, nous a présenté une revue de décembre 2005 (La santé de l’abeille) dans laquelle est rédigé un article sur le rucher d’Inzerki dont le texte très instructif figure ci-dessous :

Ailleurs… Le rucher Collectif D’Inzerki au Maroc

Roulez sur la RN8 jusqu’à trouver sur votre droite trois panneaux indicateurs : Agadir 81 km, Marrakech 178 km et Argana 5 km.

Rebroussez chemin sur 1 km et vous verrez sur la gauche une piste cachée par une butte de terre qui la rend invisible quand on roule vers Agadir.

Suivez la piste sur 3 km pour arriver au village (douar) d’igname et continuez à monter pour traverser un village situé dans un décor de végétation luxuriante.

Encore quelques kilomètres (10 km de piste au total à partir de la route nationale) et vous trouverez sur votre gauche la maison du dernier gardien du rucher, Ahmed, qui sera fier de vous accompagner.

Après quelques centaines de mètres, vous verrez devant vous le rucher collectif d’Inzerki, nom sous lequel il est connu localement.

Il s’agit d’un ensemble de constructions monumentales bâties en pisé et étalées sur plusieurs niveaux avec des compartiments formés de cases superposées par groupe de quatre.

Dans ces compartiments, nous avons compté environ 180 cases sur quatre rangées superposées pour un total de 720 cases.

Chaque case contenait trois ruches, ce qui donne un total de 2 160 ruches. Ces ruches en forme de cylindre étaient fabriquées en roseau tressé et enduite avec de l’argile ou de !a bouse de vache pour les rendre étanches.

Ces chiffres ne tiennent pas compte des compartiments qui se sont écroulés à cause des pluies et du manque d’entretien. Ces ruches de type horizontal avaient un diamètre 20 cm et une longueur d’environ 90 cm.

Elles étaient fermées sur le devant avec des disques de bois de palmier ciselés avec des symboles d’identification propres à chaque propriétaire.

Il faut dire que , sur la droite de cette première construction, à environ 400 m de distance, il existe un deuxième pavillon qui abrite une cinquantaine de compartiments qui contiennent quatre groupe de cases superposées où on pouvait loger 600 ruches.

Une caverne visible sur la photo faisait probablement office de magasin et d’abri de fortune pour les gardiens de ce deuxième pavillon.

Ainsi la capacité totale des deux bâtiments du rucher collectif était de 2 160 + 600 ruches, chiffre qui avoisine les 3000 ruches estimées pour la période de son activité maximale quand les deux bâtiments étaient bien entretenus.

Si l’on considère que chaque ruche contenait de 40 000 à 50 000 abeilles, on arrive à une population totale de 120 à 150 millions d’abeilles qui travaillaient dans cet immense rucher et son voisinage, ce qui devait provoquer un vrombissement audible à plusieurs kilomètres de distance !

Quelles peuvent être les raisons d’une telle concentration de ruches dans le même endroit ?

Paul Haccour, un apiculteur belge installé à Sidi Yahia au Maroc et qui a publié plusieurs articles sur le rucher collectif d’Inzerki nous donne une réponse : le choix de son emplacement aurait été déterminé par la présence de nombreuses plantes mellifères fleurissant successivement et comprenant plus particulièrement arganiers, amandiers, palmiers, dattiers, lavandes et diverses sortes de thym.

Cet emplacement était aussi le centre d’un groupe important d’apiculteurs berbères pratiquant, cas unique au Maroc, la transhumance en apiculture afin d’accroître leur récolte et de produire une qualité de miel très recherchée. Le  fait de se retrouver chaque année sur le même emplacement tes incita à grouper leurs ruches sous fa surveillance d’un gardien commun et, pour plus de sécurité, à construire un rucher collectif de type original.

Nous, retrouvons dans cette réalisation beaucoup des prémisses économiques et sociales qui ont poussé les tribus berbères du sud marocain à bâtir des agadirs (greniers  collectif pour protéger leurs existences, leurs récoltes, les petits troupeaux et même les abeilles des incursions des tribus voisines et de la convoitise des voleurs.

A l’instar de l’agadir, nous trouvons ici une sorte de collectivisme basé sur le droit coutumier et probablement selon un acte de fondation qui précisait les droits et devoirs réciproques des utilisateurs.

Comme l’agadir, le rucher collectif était placé sous la garde d’un ou plusieurs gardiens qui disposaient d’un logement et étaient payés en nature par les apiculteurs proportionnellement au nombre de cases et des ruches en leur possession.

Bâti en 1850, ce rucher collectif aujourd’hui abandonné se dégrade rapidement et en dépit d’une rénovation effectuée à la fin des années 1980 avec l’aide d’une association française, plusieurs compartiments se sont écroulés sous l’action des intempéries et, à moins d’une intervention de l’UNESCO, ses jours sont comptés et nous perdrons une des plus grandes réalisations de l’architecture berbère à base de terre, de bois de palmier et de cannes tressées.

Pendant notre première visite au Maroc, nous avons remarqué, au fond d’un vallon à deux kilomètres au sud du rucher d’Inzerki, un petit rucher constitué d’un bâtiment formé de six cases sur quatre rangées superposées de compartiments qui pouvait abriter un total de 72 ruches en cannes tressées. Ce rucher ressemblait beaucoup à un des compartiments qui se trouvent dans le grand rucher collectif d’Inzerki que nous avons décrit plus haut.

Pendant notre deuxième visite de ce même lieu en mars 2005, ce petit rucher se trouvait encore en place mais un peu au-dessus, nous avons été surpris de voir un nouveau rucher de plein champ, habité par des abeilles et probablement installé sur place par un apiculteur semi-nomade .

Cet ensemble formé par 35 ruches quatre planches et 35 ruches en cannes tressées, était dominé par une grande tente berbère qui probablement était utilisée comme dépôt pour les outils apicoles e pour l’extraction du miel.

Une réminiscence du passé ? Malheureusement, nous n’avons pas trouvé le propriétaire pour connaître l’histoire de ce rucher berbère.

Appendice

L’arganier (Argania spinosa) constitue une précieuse rareté botanique du Maroc. Cet arbre ne pousse pas au-delà de 1 400 mètres d’altitude car il craint le froid et la neige mais d’autre part il pousse dans les régions prédésertiques et ses racines s’enfoncent dans le sol sur plus de 100 mètres pour trouver quelques gouttes d’eau en profondeur.

Son feuillage condense l’humidité atmosphérique de la côte atlantique et en hiver, ne cherchez pas à vous abriter sous son feuillage petit et persistant car, surtout la nuit, vous serez trempé par une pluie… de condensation.

De l’arganier on utilise tout car son tronc est utilisé soit comme combustible soit pour des travaux de construction. Les feuilles sont broutées par les chèvres qui n’hésitent pas à grimper sur les rameaux épineux de la plante pour manger la pulpe des fruits tandis que les noyaux sont régurgités et récoltés par les femmes et les enfants pour extraire une huile très appréciée dans l’alimentation et dans l’industrie cosmétique.

Cette huile est aussi utilisée, mélangée avec du miel et des amandes écrasées dans la préparation de l’amlou, une pâte délicieuse qui est censée porter la baraka (bonheur) aux jeunes mariés.

Les arganiers sont considérés comme patrimoine de l’état mais leur exploitation par les habitants est réglée par le droit coutumier (orf) qui prévoit des droits mais aussi des prohibitions dans l’exploitation de cet arbre précieux. Ainsi, le pâturage des chèvres et des chameaux est prohibé à partir du mois de juin, pour préserver les jeunes fruits et assurer une bonne récolte de l’huile d’argane.

Extrait de la revue « La santé de l’abeille » n° 210 (novembre-décembre 2005)

Latifa nous a ensuite emmenés chez elle, pour un nouveau thé à la menthe, et nous avons pu nous restaurer avec poisson séché, pain , miel, huile d’olive, amlou, gâteaux secs… tout ce qu’elle pouvait trouver et nous offrir avec une générosité et une gentillesse qu’on ne peut imaginer tant qu’on ne les a pas vécus !

Sur le chemin du retour, d’autres ruches, dans une configuration plus traditionnelle.

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Publié 6 avril 2012 par Michel Terrier dans Actualité, Bons moments, Découverte, Tourisme

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