Moussem des Fiancés et Mariage rituel dans la région d’Imilchil (province de Midelt)

Le moussem des fiancés se tiendra à Imilchil dans le courant du mois de septembre.

Voici l’origine de cette célébration :

Le rituel du mariage prend, dans la région d’Imilchil, au fin fond de l’Atlas, particulièrement chez la tribu Ait Hdidou, la dimension d’un phénomène aux significations à la fois sociale, culturelle et spirituelle.

Durant toute l’année, les habitants de cette contrée travaillent pour assurer leur subsistance et celle de leurs familles, sauf au mois de septembre, période doublement faste pour le fellah, où il abandonne les moments de grand labeur pour vaquer à une occupation relevant d’une disposition tout à fait naturelle: la saison des retrouvailles amoureuses.

Pendant cette saison, les jeunes de la tribu partent à la recherche de leur douce moitié. La tribu réserve à cette noble fin tout un cérémonial fait de danses, de chants, d’habits, de couleurs et de mets, le tout dans un enchantement qui dure tout le temps d’un festival qui a acquis une grande notoriété: le moussem d’Imilchil.

Perché sur les cimes du haut Atlas à 2.300 m d’altitude, Imilchil évoque le mythe et le pittoresque : La fête des fiançailles célébrée chaque année par les fils de la tribu Aït Hadiddou est un rendez-vous où se retrouvent les tribus de la région pour célébrer de manière collective les liens sacrés du mariage entre jeunes prétendants.

A l’origine de cette fête, une légende des plus romantiques. Les habitants de la région organisent ce moussem pour expier un grand pêché qu’ils auraient commis dans des temps immémoriaux, en refusant l’union d’un jeune couple issu de la tribu mère.

Cette manifestation dont le nom évoque l’exotisme et le dépaysement est en effet chargée d’une histoire légendaire intimement liée au nom évocateur des lacs Isli et Tislit.

L’histoire légendaire du moussem est inspirée des évènements historiques authentiques des tribus berbères, en perpétuelles guerres inter-tribales. Aït Ibrahim et Aït Yaaza étaient les deux fractions de la tribu des Aït Hadiddou, en guerre l’une contre l’autre. Selon la légende, une jeune fille Aït Yaaza aimait un beau Aït Ibrahim. Roméo et Juliette berbère du Haut-Atlas, ils connurent la même destinée tragique : mourir sans pouvoir s’aimer ni se marier. Devant l’intransigeance des parents, le jeune couple pleurait son affliction au point que leurs larmes donnèrent naissance aux célèbres lacs jumeaux de la région « Isli » et « Tislit ».

Lac Isli

Lac Tislit

Par la suite, leurs parents, repentis, décidèrent qu’une fois par an, leurs progénitures jeunes garçons et jeunes filles se choisiraient et se marieraient librement. Depuis, il y a une coutume que l’on appelle « taqerfiyt » pendant laquelle un garçon peut côtoyer sa futur épouse, l’union du couple n’étant sujette à aucune opposition.

Cette légende qui glorifie les nobles sentiments d’amour et d’unité de destin entre les hommes et les femmes, meuble depuis, la mémoire collective des deux tribus, telle que perpétuée par les jeunes prétendants de la région à travers une grande fête pour le choix de leurs épouses.

La commémoration par la tribu Ait Hdidou du moussem de Sidi H’mad confère à cette fête un aspect religieux. Mais le moment fort de cette manifestation reste les noces collectives célébrées par les deux grandes branches de cette tribu: les Ait Yaaza et les Ait Brahim, qui revêtent un aspect des plus chatoyants.

Les festivités de mariage commencent ainsi par l’envoi d’émissaires au nombre de dix (5 femmes et 5 hommes) appelés « Imsnayen » en dialecte local chez la famille de l’élue pour lui présenter des cadeaux constitués de moutons, d’habits et d' »abadirs »: un pain d’un mètre de diamètre nécessitant 25 kilos de farine de blé, 10 litres d’eau et du sel. Ce pain est préparé généralement, le premier jour, par des hommes qui le font cuire suivant la tradition pour nourrir une quarantaine de personnes.

Les abadirs sont distribués aux convives pour sceller l’amitié et la connaissance entre les familles des mariés. Des mets sont offerts par la famille de la mariée aux invités. Ils consistent en des plats faits de dattes, de beurre, de miel et de lait. Après cette cérémonie de bienvenue, la mariée rejoint la place réservée au cérémonial du henné, accompagnée des youyous des femmes qui entonnent des chants et récitent des airs du terroir, avant de rejoindre les hommes dans une danse appelée communément « Ahaidouss ».

Une femme âgée se charge de dessiner des motifs de henné sur les mains de la mariée.

Henné

La mariée est habillée d’un vêtement blanc appelé « Ikidour ». Sa tête est couverte d’un foulard (sebnia) rouge et jaune. Des bijoux traditionnels sont portés par la mariée qui enfile des babouches ornées de « mouzounes » d’argent. Son père jette à ses pieds, selon la tradition, son burnous (Aznar), bénissant ainsi le mariage de sa fille.

Ikidour

Des chants sont entonnés par les femmes célébrant le départ de la mariée qui est accompagnée, lors du trajet vers sa nouvelle maison, par ses frères et cousins. Derrière la mariée, monté sur un cheval, un petit garçon, symbole de fertilité, suit le cortège. En tête de celui-ci, un mouton symbolise la richesse. La mariée apporte avec elle les cadeaux offerts lors de la cérémonie du henné.

Le marié, lui, est fastueusement habillé d’un burnous et d’une djellaba blancs pour aller à la rencontre de son épouse. Celui-ci doit supporter des coups des frères et cousins de la mariée qui testent sa force, sa résistance et sa capacité à protéger son épouse. Après cette scène qui donne la mesure du sacrifice et du courage du marié, les invités entrent dans la maison de ce dernier dans un tonnerre de rythmes et chants du folklore local.

Ce sont là autant de traditions que les tribus de l’Atlas ont su jalousement préserver, notamment celle de Aït Hdidou d’Imilchil qui, en dépit de leur simplicité, attirent les gens de tous les coins, de par leur singularité et leur dimension conviviale.

D’après un document de Khadija Aziz

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Publié 18 juillet 2012 par Michel Terrier dans Culture, Tradition

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