Archives de 15 septembre 2012

Le Seigneur aux lanternes, ou La légende de Sidi Bouknadel, le Saint patron de la ville d’ Agadir

C’est en ce moment qu’a lieu le moussem de Sidi Bouknadel et j’ai plaisir à vous faire connaître la légende du Saint Patron des pêcheurs, un texte écrit par Aït Oulahyane Atanane (très légèrement modifié) que j’ai illustré de miniatures trouvées sur Internet

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La plupart des marins d’Agadir, sinon tous, ne sauront jamais pourquoi ils ont choisi Sidi Bouknadel comme leur saint patron et le protecteur attitré de leurs bateaux et de leurs pêches. Si vous leur posez la question ils vous regarderont ébahis et vous répondront, pris de court, qu’il s’agit bien entendu d’un grand saint homme, que son nom signifie le Seigneur aux lanternes, et qu’ils le vénèrent tout simplement car il a la baraka et qu’il protège le port et leurs embarcations.
Mais pour connaître véritablement l’origine de ce culte et la signification de ce nom il faut remonter au passé très ancien d’Agadir, bien avant qu’elle ne fut construite, au temps où la cité ultra moderne de nos jours n’était qu’un modeste hameau constitué de quelques misérables cabanes de pêcheurs Chleuhs, bien avant l’arrivée des Portugais, des Espagnols et de tous les autres, au
XIV ème siècle, aux alentours de 1350 !
En ce temps là la vie était rude pour les paysans et nombreux furent contraints d’abandonner leurs champs pour se convertir à la pêche, car la côte était exceptionnellement poissonneuse et malgré des moyens de pêche rudimentaires de nombreuses familles pouvaient survivre aux grandes disettes. Mais voilà, ces nouveaux pécheurs avaient remarqué que le site où ils s’étaient installés était propice aux naufrages et s’étaient donc transformés par la force des choses en pirates de la pire espèce, des naufrageurs ! Leur système était simple mais néanmoins effroyable : ils attendaient qu’un navire échouât sur leurs côtes et au lieu de porter secours et assistance aux marins qui luttaient contre les flots ils abrégeaient radicalement leurs souffrances et s’accaparaient toutes les richesses du bateau coulé; ils prenaient grand soin de ne point laisser de survivants pour qu’il n’y ait point de témoins de leur hideuse activité; la mer leur donnait le poisson pour leur subsistance et leur apportait, par les nuits de tempête, des richesses diverses qu’ils fournissaient aux caravaniers, en les échangeant contre des biens, ou en les revendant même à des prix dérisoires, car ces scélérats ne connaissaient pas la valeur de l’argent, n’en ayant guère besoin.
Par beau temps ils avaient l’apparence de paisibles pécheurs, réparant leurs filets sur la plage ou décorant leurs longues barques noires de motifs naïfs aux formes géométriques, peints de couleurs gaies. Ils prenaient soin de leurs femmes et étaient d’excellents pères de famille ; ils avaient entre eux les meilleurs rapports du monde, pacifiques et solidaires, ils s’entraidaient et formaient une communauté des plus harmonieuses ; d’un naturel dévot et craignant Dieu par dessus tout, ils n’auraient pas manqué l’heure de la prière pour rien au monde, même s’ils fussent au large en train de pécher, leur barque ballottée par les vagues.
Lorsque l’hiver arrivait, transformant la mer en furie indomptable ils se transformaient soudain en une meute de fauves sanguinaires, épiant les navires en difficulté; ils abordaient ceux qui s’approchaient trop du rivage et massacraient tous les hommes de l’équipage; puis ils chargeaient toutes les marchandises sur leurs barques effilées, prenaient soin de saborder et de couler leur proie au fond de l’océan, qui ne trahirait jamais leurs sinistres forfaits… Plusieurs bateaux disparurent ainsi, corps et biens, et personne n’aurait jamais su si l’Histoire ne s’en mêla….
Les caravanes remontant du Sahara et transportant les richesses du Soudan vers le Nord du royaume ramenèrent aussi des idées nouvelles d’un réformateur religieux que ses adeptes zélés appelaient « Assafou », c’est-à-dire le Flambeau, tant ses idées étaient novatrices et d’un idéal religieux élevé. Cet homme, qui fondera plus tard le plus grand empire que l’Afrique du nord ait connu, parcourait le désert en missionnaire, prêchant aux gens sa doctrine, sermonnant contre les déviations fort nombreuses, s’élevant contre la corruption des mœurs et la tiédeur dans la pratique du culte religieux de ses contemporains.

Cela aurait pu en rester ainsi, rien n’aurait troublé la tranquillité de ce hameau de pécheurs en dehors de ces soubresauts extérieurs qui vous mettaient un pays à feu et à sang, mais voilà qu’un homme du village, âgé d’une quarantaine d’années, pieux et austère à l’extrême, fut bouleversé par ces idées novatrices et cette nouvelle conception de la foi que véhiculaient les caravaniers, toujours prompts à bavarder autour d’un feu et d’un thé à la menthe.
Awragh, c’était son véritable nom, à cause de ses cheveux blonds, s’empressait d’aller à leur rencontre, à leur offrir à manger et à boire, pour le plaisir de les questionner sur les nouvelles du monde et surtout sur la nouvelle foi dévoilée par Assafou… Plus il en apprenait plus il était peiné par les mœurs des siens ; il se rendit compte de l’ignominie profonde dans laquelle vivaient les gens de son village : Dieu interdit formellement le crime et le vol et ses frères, ses voisins, ses amis s’y adonnaient avec une conscience tranquille et en tiraient même une certaine fierté, car ils se justifiaient en disant qu’ils ne s’attaquaient qu’à ceux qui pratiquaient une autre religion que la leur. Awragh qui n’avait jamais participé à ces razzias sanguinaires qu’il réprouvait mais sans s’y opposer reçut comme une révélation de Dieu et se fit un devoir de changer les pratiques barbares des siens.
Tant qu’il les dénonçait verbalement, prêchant la compassion et condamnant le vol ils le laissaient tranquille ou se moquaient de lui, car ils étaient bien décidés à ne pas changer leurs habitudes ni à abandonner ce que la providence, donc Dieu selon certains d’entre eux, mettait à leur portée : si les flots déchaînés ramenaient des richesses jusqu’à leurs maisons il fallait être vraiment stupide de ne pas les prendre. Cet Awragh de malheur, pensaient-ils, était tout simplement un niais ; mais peu à peu il devint véhément et menaça ses frères pirates des foudres du Ciel s’ils continuaient. Il commença à interpeller nommément les meneurs des expéditions, les désigna à la colère divine et à la vindicte de ceux qui commençaient à l’écouter et à l’approuver, impressionnés par son discours et surtout par sa piété remarquable. Il se fit le Messager de Dieu auprès de sa tribu mais s’attira aussi de nombreux ennemis qui ne toléraient plus qu’il les insultât publiquement.
On commença à l’éviter, ses enfants furent souvent maltraités par leurs camarades de jeux et son épouse fut mise petit à petit à l’écart comme une pestiférée par les autres femmes. Les jours de prière, dans la petite salle qui servait de mosquée on s’écartait de lui mais toutes ces vexations ne firent que le renforcer dans sa conviction et le cercle de ses amis s’élargit.
A chaque fois qu’il partait à la pêche ses filets remontaient gonflés de poissons et on prétendit qu’il avait la « baraka », cette chance divine dont jouissaient les « chéris de Dieu ». Bien qu’on l’évitât dans la vie publique sa compagnie en haute mer était recherchée, tant il était un pécheur impétueux et adroit : partir avec Awragh en mer c’était s’assurer de ne point rentrer au village bredouille. Malgré tout il commença à devenir gênant et ses ennemis décidèrent de se débarrasser de lui, le plus vite possible, lors d’une nuit de pêche en pleine mer. Les pécheurs Chleuhs, bien que cela puisse paraître étrange, ne savaient pas du tout nager et pour beaucoup d’entre eux l’élément liquide était leur pire ennemi.

Cette nuit- là, rien ne sembla étrange à Awragh ; il savait bien- sûr qu’il était haï par certains de ses compagnons de pêche, mais jamais il n’aurait imaginé qu’ils iraient jusqu’à vouloir le supprimer. Il embarqua donc un soir comme d’habitude avec les autres marins et en quelque temps ils se trouvèrent à quelques kilomètres du large, à un endroit propice pour mouiller les filets. La nuit était noire d’encre, sans la moindre étoile dans la voûte céleste ; l’étendue des flots était obscure, et si ce n’était le clapotis contre les coques on aurait dit que le ciel et l’eau ne formaient qu’un seul élément, un voile de ténèbres aussi sombre et froid que la mort.
Certains pécheurs dormaient ; Awragh était assis à la poupe, un bras accoudé au gouvernail, la tête légèrement inclinée, il semblait assoupi. Tout était calme, mais deux hommes guettaient, attendaient dans l’ombre le moment propice pour commettre leur forfait. Avec d’infinies précautions ils s’approchèrent de leur victime. Awragh dormait effectivement profondément ; il remua son épaule d’une manière brusque puis se calma ; il semblait rêver ou cherchait une position plus confortable pour se reposer. N’hésitant plus un seul instant les deux hommes se jetèrent soudain sur leur compagnon et avant qu’il réalisât ce qui lui arrivait ils basculèrent son corps par-dessus bord ! Le bruit de sa chute dans l’eau ne réveilla personne ; on aurait dit simplement qu’un gros poisson sautait au dessus de la surface de l’eau ou le bruit d’un coup de rame qui tombait lourdement. La barque continua de dériver doucement, entraînant ses filets. Awragh semblait avoir coulé à pic, car ses assassins n’entendirent ni ses cris ni les mouvements désespérés qui auraient témoigné qu’il se débattait, luttant contre la noyade. Rassurés par le silence qui persistait ils revinrent à leurs places et firent semblant de dormir.
Le lendemain matin, à l’aube, lorsque les barques revinrent puis furent hélées sur la plage, vidées de leurs filets et des paniers de poissons, on remarqua l’absence du pécheur ; cela mit le village en émoi, mais comme cela arrivait parfois on pensa qu’il était tombé à l’eau et on se résigna vite à la fatalité du sort ; malgré les doutes que cette disparition suscita, la grande affliction, feinte ou sincère qu’elle provoqua, on n’accusa personne. La famille et les amis d’Awragh pleurèrent sa disparition et ses ennemis s’en réjouirent discrètement, car même chez ces scélérats la mort d’un homme, fut- il honni, n’était jamais une cause de joie.
La vie reprit son cours normal, mais voilà qu’un jour un événement extraordinaire survint dans le petit hameau d’Agadir : ceux qui raccommodaient les filets sur la plage virent au loin comme une silhouette d’homme marcher lentement vers eux. « Un errant », pensèrent- ils, mais c’était étrange qu’il vint de cette direction- là, où il n’ y avait que des falaises et le désert… On attendit patiemment qu’il s’approchât davantage et sa démarche singulière, lente et posée, en intrigua plus d’un. On laissa les filets puis une troupe de curieux se forma sur la plage, grossissant au fur et à mesure que l’homme s’approchait, d’un pas calme et résolu. L’excitation des badauds retomba et un sentiment de peur, chargé de silence la remplaça. Quelqu’un crut reconnaître la silhouette de l’inquiétant visiteur :

_ C’est… C’est… On dirait… Awragh ! »
Après un moment d’intense stupeur des cris de joie fusèrent et quelques uns s’élancèrent à la rencontre du rescapé. C’était effectivement lui, à bout de forces, méconnaissable tellement il avait maigri ; ses vêtements étaient en lambeaux et ce qui était visible de son corps, de sa tête à ses pieds était lacéré, écorché, meurtri. Ses bras qui semblaient allongés par la maigreur et ses mains qui ressemblaient aux serres d’un rapace étaient sanguinolents. « Cet homme a vu la mort de près », pensèrent- ils. Seul son regard fixe et sombre semblait contenir une étrange lueur de vie ; il marchait, hébété, traversa la foule sans regarder personne, sans dire un mot et il se dirigea, suivi des autres vers sa maison où sa femme et ses enfants l’accueillirent en pleurant de bonheur et de tristesse de le voir dans cet état d’extrême souffrance. Il se reposa longtemps et mit plusieurs semaines avant de reprendre son apparence d’antan. Il recommença alors à sortir mais il parlait beaucoup moins, ne souriait jamais et ne répondait pas aux questions qu’on lui posait au sujet de sa noyade. Il se contentait d’aller à la mosquée, y priait toute la journée, lisait en silence ou écoutait psalmodier le Coran. Son silence et sa ferveur redoublée impressionnaient et le fait qu’il eût échappé au trépas pendant des jours était le signe évident de la Volonté du Seigneur.
Malgré tout la piraterie persistait et reprenait avec l’hiver. Awragh abandonna son activité de pécheur et se fit ascète, consacrant sa vie à l’adoration de Dieu et prêchant le salut des âmes autour de lui. Il ne dénonça point ceux qui avaient tenté de le tuer, même si il connaissait parfaitement la demi douzaine d’hommes qui avaient embarqué avec lui cette nuit funeste et qu’il avait entr’aperçu en une fraction de seconde les visages de ceux qui l’avaient basculé par-dessus bord. Il reprit ses prêches contre les pirates avec plus d’assurance et il vit le cercle de ses adeptes s’élargir encore davantage que la première fois.
Les nuits de grande tempête, lorsque les pirates fourbissaient leurs armes en prévision d’un nouveau carnage, il montait au fait de la colline Agadir Oufella, le Haut Grenier, amassait un monticule de branches et lorsque la nuit se faisait trop noire et que le vent soufflait il allumait un gigantesque brasier, si bien qu’il signalait la côte meurtrière aux navires passant au large qui s’éloignaient aussitôt du rivage. Il restait là-haut sur la colline toute la nuit pour alimenter son feu à chaque fois que les flammes faiblissaient.
Son activité ruina aussitôt toutes les espérances de ceux qui attendaient les naufrages ou l’approche imprudente d’un bateau près de la côte. Tous les navires passaient désormais au loin, hors d’atteinte. Les pirates rageaient contre cet homme qui était devenu une malédiction pour leurs sordides affaires.
Une nuit, plusieurs d’entre eux montèrent sur la colline, armés de gourdins ; ils éteignirent le feu, le rouèrent de coups et le laissèrent là, inerte. Ils étaient assurés que ça lui servirait définitivement de leçon, qu’il n’oserait plus recommencer. Mais aussitôt redescendus à la plage pour se mettre avec leurs complices à l’affût, un autre feu était allumé. Ils remontèrent en colère et l’obligèrent en le rudoyant de descendre avec eux. Ils auraient tellement aimé le tuer, mais un tel acte, pourtant si simple pour eux, leur faisait grandement peur : non seulement ils risquaient de se faire rejeter par le reste de leur communauté, mais mettre la main sur un saint homme, qui connaissait le Coran par cœur et qui avait déjà survécu à un péril plus grave était une chose impossible ; ils se contentèrent donc de le retenir ligoté dans une cabane jusqu’au lever du jour. Mais leur surprise fut plus grande lorsqu’ils virent cette même nuit un autre feu plus gigantesque reprendre au même endroit que le précédent !
Saisis d’effroi ils essayèrent de comprendre comment un tel prodige pouvait se produire, puisque le seul responsable était entre leurs mains.
_ Ce sont ses complices ! » Suggéra l’un d’eux. L’idée semblait en effet évidente et de ce fait ils envoyèrent un autre groupe voir de quoi il retournait. L’attente fut longue pour les pirates restés sur la plage. Ils poussèrent finalement un cri de joie lorsqu’ils virent l’énorme rougeoiement s’éteindre. Les hommes redescendirent de la colline à moitié satisfaits, car ils déclarèrent n’avoir trouvé personne là- haut. A peine eurent- ils repris leur souffle qu’un autre brasier se déclara. Si complices il y avait, pensèrent- ils, ils devaient se cacher quelque part dans la colline ; mais ce n’était plus la peine de remonter à leur recherche, car l’heure était trop avancée et le jour allait bientôt poindre, remettant leurs sinistres projets pour une autre fois.

Ils regardèrent dépités et impuissants le feu qui continuait de brûler, illuminant le sommet de la montagne; on aurait dit que plusieurs personnes se relayaient pour l’alimenter, car un seul homme, ou même deux, ne pouvaient jamais suffire pour alimenter un si gigantesque brasier toute la nuit. Ils interrogèrent Awragh jusqu’à l’aube pour qu’il leur dévoilât son secret et les noms de ses complices. Il fut étonné qu’on lui demanda une telle chose et répondit qu’il agissait toujours seul, avec l’aide de Dieu. La sincérité de sa voix et son regard calme ne les rassurèrent guère : un tel homme ne pouvait pas mentir et se défiait des dangers, car il était convaincu d’être juste, investi d’une mission divine et par conséquent le Très Haut le protégeait.
Ils essayèrent de le convaincre d’abandonner sa lutte contre eux mais il refusa obstinément, comme ils s’y attendaient, toute compromission. Ils tentèrent alors de le corrompre et lui proposèrent de lui céder une part importante de leurs gains futurs et comme ils l’avaient pressenti Awragh refusa encore, car ses richesses, prétendait- il, était d’un tout autre ordre. Ils le menacèrent encore mais il leur répondit qu’il n’avait nullement peur de la mort ; ils lui déclarèrent finalement que s’il continuait à éloigner les bateaux, lui ou ses complices, ils n’hésiteraient pas à s’en prendre à sa famille. Les pirates avaient gardé cette terrible menace pour la fin, certains qu’il céderait définitivement. Il leur répondit placidement que les siens étaient entre les mains de Dieu. Un tel courage, ou plutôt une telle inconscience et une si grande confiance en la providence finirent par les décontenancer et ils surent qu’ils ne pourraient jamais négocier avec un homme de cette trempe.
Avant que le village ne s’animât ils relâchèrent leur prisonnier, de peur que son absence ne suscitât à nouveau un émoi parmi les habitants ; en libérant l’ascète ils savaient qu’ils ne risquaient aucunement d’être dénoncés par lui. A l’aube ils firent comme d’habitude, semblant redevenir de simples pécheurs fatigués, pressés de rentrer chez eux pour se reposer après une dure nuit de labeur honnête. Avant de se disperser ils observèrent leur ennemi singulier s’éloigner paisiblement vers sa maison. Ils regardèrent encore une fois, incrédules, vers la colline où le feu commençait à décroître, pâlir puis disparaître à la lumière du soleil qui commençait à illuminer le ciel. Pour en avoir le cœur net ils chargèrent deux d’entre eux d’aller vers les hauteurs du village et d’inspecter chaque recoin autour de la place où le feu avait brûlé toute la nuit. Un rendez- vous fut fixé au crépuscule, pour décider de ce qui allait être fait par la suite.
Awragh continua ses prières ferventes à la mosquée et son combat moral contre la piraterie ; au sein du village et dans les hameaux environnants ses adeptes devinrent plus nombreux. D’anciens pirates, soudain terrorisés par leur vie infâme vinrent lui demander pardon, de peur d’une malédiction et d’un châtiment divins ; Ces nouveaux convertis devinrent même ses plus proches compagnons, comme s’ils avaient beaucoup à se faire pardonner et il leur arrivait parfois, en écoutant les sermons de leur maître, de pleurer en silence en regrettant leur ignominies, mais si soulagés d’avoir sauvé leurs âmes. Awragh continua à allumer ses feux sur la montagne par les nuits de tempête et parfois il agitait une lanterne bien au dessus de sa tête, vers le ciel sombre et vers le large obscur et invisible. Ses disciples l’imitaient, en allumant d’autres feux et en se tenant debout sur quelque promontoire rocheux au dessus de la colline, un fanal à la main, partout où il y avait des écueils ou un risque de naufrage.
Les plus irréductibles des naufrageurs devinrent de moins en moins nombreux et relâchèrent leur pression sur Awragh et ses compagnons, tant le prestige du marin était devenu grand et sa renommée immense, même au-delà du village, car des gens venaient même de loin lui rendre visite, lui parler, prier en sa compagnie pour bénéficier de sa baraka et recueillir sa bénédiction. D’ailleurs on ne l’appelait plus Awragh, mais Sidi Bouknadel, le Seigneur aux lanternes, car il était celui qui éclairait la nuit pour sauver les marins du désastre, le saint homme qui illuminait également les cœurs et les esprits par sa foi inébranlable en la justice divine et sa piété exemplaire.
On n’avait jamais réussi à élucider le mystère des feux qui se rallumaient sans l’aide de quiconque, car même lorsque Awragh était retenu au village, aucun homme ne montait ni n’apparaissait dans les environs de la colline. Ce mystère avait fini par convaincre les ennemis du saint homme à cesser leurs pratiques et à se rallier dorénavant à sa cause, lui vouant une grande fidélité, tant leur désir d’être pardonnés par Dieu et par les hommes était grand !
Quelques années après le village des pêcheurs s’agrandit, car il devint la destination de pèlerins venant de toutes parts pour y prier et pour faire des offrandes au saint local afin d’être bénis. Le lieu devint paradoxalement réputé pour son honnêteté et sa sûreté et les villageois de toute la région y construisirent des greniers pour leurs récoltes, afin de les préserver des rapines. Et c’est depuis que le village fut désormais appelé Agadir, qui signifie en langue Amazighe « le grenier », tout simplement ! Pour la première fois depuis bien longtemps, des bateaux commençaient aussi à mouiller dans la rade du village, devenu une petite ville. Des marins de toutes origines venaient non seulement pour commercer, mais pour témoigner leur gratitude aux habitants de leur avoir sauvé la vie certaines nuits de tempête, car sans les lumières qu’ils apercevaient de loin ils auraient à maintes fois failli échouer ! Ainsi, avec la visite régulière des bateaux même les caravanes qui ne s’arrêtaient jamais auparavant à cet endroit en avaient fait désormais un lieu de passage obligé, car d’importants échanges commerciaux pouvaient avoir lieu dans cette rade bénie où la paix et la sécurité régnaient désormais.

Sidi Bouknadel, Awragh de son vrai nom, décéda un jour, mais depuis longtemps déjà d’autres avaient pris sa relève pour éclairer la côte meurtrière et un phare permanent fut d’ailleurs construit.Un somptueux tombeau fut érigé pour le saint protecteur des marins et chaque année, en hiver, ils lui organisaient une grande fête pour le remercier et solliciter toujours la protection divine qu’il personnifiait. Petit à petit, au fil des ans, siècle après siècle, Agadir devint une grande ville et un port important.
Le saint Sidi Bouknadel y est toujours honoré mais personne, ni les marins ni les pèlerins qui viennent encore se recueillir dans son sanctuaire, bâti juste au pied de la colline, à proximité de l’entrée du port, ne pourront vous dire qui il était vraiment, ni ce qu’il avait fait. Sans lui, peut- être, Agadir serait restée longtemps un port de naufrageurs, ignoré des caravanes, évité des navires et maudit par Dieu !

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Publié 15 septembre 2012 par Michel Terrier dans Agadir, Tradition

Les réseaux associatifs du Sud-Est en meeting : Tous pour un tunnel au Tichka

par Mustapha Elouizi – libe.ma

Le drame survenu le 3 septembre 2012 sur la route de Tizi N’Tichka, n’était que la dernière goutte qui a fait déborder le vase. Le célèbre col et les dizaines de kilomètres escarpés de cette route tuent depuis longtemps. Les réseaux associatifs d’Ouarzazate, Errachidia, Zagora et Tinghir, soit la région proposée Draâ-Tafilalet, veulent mettre fin à cet état qui frise la punition collective. Un meeting-plaidoyer sera ainsi organisé le 22 septembre au Palais des congrès à Ouarzazate, en présence de 300 personnes, toutes les composantes de la société du Sud-est confondues. Le thème est sans ambages : «Tous pour un tunnel au Tichka».
Initiée en partenariat avec la commission régionale du CNDH, et le conseil municipal d’Ouarzazate, cette rencontre sera ainsi une occasion pour alerter le gouvernement qu’il n’est plus supportable ni admissible de reporter le projet de construction d’un tunnel au niveau du col de Tichka, situé sur la route No 9 reliant Ouarzazate à Marrakech.
Le meeting du 22 septembre sera, selon les réseaux associatifs, une énième occasion pour clamer et réclamer haut et fort cette volonté populaire et institutionnelle locale et régionale de passer à l’acte et de donner confiance aux citoyens du Sud-est, en la sincérité des discours sur le développement de la région.
Plusieurs régions pâtissent de cet état désolant, dont Tinghir, Kelâat Mgouna, Boumaln Dadès, Tagounit, Mhamid, Zagora, Agdz et Tata… «bref, tout le Maroc oublié, et dont on ne se rappelle qu’aux temps des catastrophes», commente Mohamed Oulahcen, du Réseau associatif de Zagora pour la démocratie et le développement (RAZDED).
Il s’agit bel et bien d’une dette historique, envers une région qui a longtemps été marginalisée et a constitué plutôt une zone des centres de détention et un lieu d’exil pour indisciplinés de tous les secteurs ! Il est temps de remettre les pendules à l’heure et de réhabiliter les gens et la terre dans leurs droits les plus indéniables. Déjà, des efforts dans ce sens ont commencé en 1974 à la faveur d’une étude de faisabilité élaborée à cet effet. Une étude technique et financière a eu lieu en 1996, à l’initiative du département de l’Equipement d’Ouarzazate. Mais toutes les deux n’ont pas eu de suite jusqu’à présent. Une troisième a été initiée il y a quelques années par la région Souss-Massa-Drâa, toujours en suspens. Les acteurs socioéconomiques et associatifs de la région n’entendent, pourtant pas lâcher prise. Les mêmes études prévoient la liaison par tunnel entre Asgaour et Tagadirt.Si les experts du département de l’Equipement estiment que le coût est élevé, la réponse immédiate est qu’il s’agit d’un droit et non d’un privilège à considérer sous l’angle des revenus économiques.
Aussi grand que soit le coût financier, la mise en œuvre de cet ouvrage est pourtant vitale. Si l’on compare les chiffres avancés aux importants dommages socioéconomiques provoqués chaque année par les fréquentes coupures de la route nationale No 9 lors des saisons enneigées, aux accidents et drames fréquents, au sentiment d’enclavement dont les effets psychologiques sur les populations locales sont à prendre en considération, l’on saura sans doute que le projet est une nécessité absolue.

Publié 15 septembre 2012 par Michel Terrier dans Actualité, Aménagement, Circulation, Transports

La série continue : Accident d’autocar près de Taza : 32 blessés !

lavieecco.com ,- MAP

Trente-deux personnes ont été blessées après qu’un autocar ait dévié vendredi de sa trajectoire au niveau de la province de Taza.

L’accident, survenu sur la route régionale N 505 dans la localité de Tizi Ouardane relevant du cercle d’Aknoul, est dû à l’excès de vitesse, apprend-on auprès de la protection civile.

Aussitôt avisés, les éléments de la protection civile se sont rendus sur le lieu de l’accident pour assurer l’évacuation des blessés vers l’hôpital provincial Ibn Baja à Taza.

Publié 15 septembre 2012 par Michel Terrier dans Actualité, Circulation

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