Les dirigeants du sud font le point sur leur management

Par Yassine SABER – lesechos.ma

Pour améliorer la performance de la PME, la prise en compte des pratiques managériales s’impose. C’est le constat sur lequel se sont accordés en fin de semaine à Agadir, les participants au colloque international «Regards croisés sur les pratiques de management des PME» initié par la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales d’Agadir.
Au vu du contexte actuel, les pratiques exercées à l’échelon de la région Souss-Massa-Drâa relèvent en grande partie d’un management conservateur. De l’avis d’Abdelfattah Zine, président de la CGEM-Union régionale Souss-Massa-Drâa, «les pratiques managériales sont régies par un esprit familial et c’est grâce à ce mode de gestion que la région était classée 2e pôle économique au niveau national. Or, depuis quelques années, celle-ci a perdu du terrain».

Le même constat a été émis par Yassine Rhanmouni, président du Centre des jeunes dirigeants (CJD)-section Agadir, selon qui, «le régime patriarcal est encore présent au sein des entreprises régionales et une partie des PME est également conduite par des valeurs religieuses, où il faut conjuguer cette contrainte ou opportunité avec la réalité du secteur». La solution consiste ainsi en la modernisation des outils managériaux et du renforcement de la recherche par le développement afin de pérenniser l’activité des entreprises. Cependant, «malgré la volonté de l’État pour le renforcement de cet aspect, le Maroc ne mobilise que 0,8 % de son PIB pour la R&D, contre 2,26 % en moyenne dans d’autres pays», nuance Abdelfattah Zine. L’Allemagne ou le Japon disposent d’une moyenne égale à 3,5% de leur richesse nationale et Israël 5%. Sur les 0,8 % du PIB au Maroc, le secteur privé n’en mobilise que 0,3 %. Pour ce qui est de la question du réseautage, en l’occurrence, le Réseau régional pour la modernisation des entreprises, le projet s’est achevé par un échec suite à un retard de plusieurs années. Initié dans un esprit de compétitivité et de modernisation du tissu économique, le mode de fonctionnement pose des contraintes tant au niveau de la gouvernance que de la gestion. «En effet, la CGEM-union RSMD assure la présidence du réseau et la Délégation régionale du commerce s’occupe du secrétariat, mais aucun staff n’est Nous avons préféré passer par la délégation qui est sollicitée par nombre d’administrations, ce qui l’empêche de consacrer le temps nécessaire à ce dispositif», ajoute Zine.

Sur un autre volet, d’autres contraintes contrarient le développement de l’entrepreneuriat dans un contexte accentué par la crise. «L’incitation fiscale et financière demeure un point de blocage pour le tissu économique. Rien qu’en cas de dépassement de la ligne de crédit, c’est un comité d’évaluation des risques installé au niveau central qui décide du sort de l’entreprise via des chiffres, sans connaître les particularités régionales», souligne un entrepreneur. C’est pourquoi plusieurs intervenants ont appelé à l’adaptabilité des moyens de financement au contexte de crise, mais aussi à l’environnement immédiat. Par ailleurs, la région SMD a mis en place plusieurs fonds de financement, sur lequels la Cour des comptes a émis des observations, notamment pour ce qui a trait au système des subventions octroyées en faveur des jeunes promoteurs. En effet, ces mécanismes ont donné des résultats probants, mais aujourd’hui le Conseil régional est obligé de suivre les recommandations en renforçant le système des prêts remboursables, notamment via le fonds SMD Initiative, qui octroie des prêts d’honneur sans garantie et sans intérêt.

«L’association SMD a permis de créer 130 projets avec un taux de remboursement égal à 85 %, ce qui prouve la réussite de ce modèle devant la difficulté que connaissent les porteurs de projets à accéder au financement», explique Mohamed El Moudene, président de l’association. Toutefois, l’entrave financière n’est pas le seul souci. L’accompagnement post-création avec un caractère collégial fait toujours défaut, selon les professionnels. Selon El Bachir Ben Ahmed, président du directoire de la Banque Populaire (Centre-Sud), «la période post-création devrait être révisée dans le cadre d’une évaluation de l’appui octroyé par la Fondation Invest afin d’accompagner les porteurs de projets durant plus de deux années». C’est ce facteur post-création qui amplifie, selon des chercheurs, le taux élevé de la mortalité précoce des entreprises, dans les premières années de leur création.

Publié 28 novembre 2012 par Michel Terrier dans Actualité, Agadir, Artisanat, Développement, Industrie, Région

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