Report sans vagues des assises du tourisme

Par Nadia BENYOUREF – lesechos.ma

À moins de deux semaines des Assises du tourisme, programmées initialement le 4 décembre prochain, le ministère du Tourisme annonce le report, à une date ultérieure, de cet événement de grande envergure pour les professionnels de ce secteur stratégique. Inattendue, la nouvelle est tombée comme un couperet et ouvre la voie à de multiples interprétations dont l’éventualité que ce report soit décidé au plus haut niveau, un argument que le ministère balaye d’un revers. La tutelle affirme que l’agenda politique du pays et le calendrier des grandes manifestations internationales n’ont pas été bien étudiés et que les chevauchements sont à l’origine du report. «C’est le ministère du Tourisme qui a décidé du report des Assises pour une question d’agenda de certains intervenants étrangers.

C’est le cas notamment pour un ministre étranger qui devait intervenir au sujet d’un thème sur le développement durable ainsi que de Christine Lagarde, invitée en tant que grand témoin. Il y a lieu de noter aussi le calendrier de certains événements internationaux tels que le sommet Africité, intéressant le ministère de l’Intérieur et qui est prévu, à Dakar, à partir du 4 décembre prochain», explique le ministre du Tourisme, Lahcen Haddad. Le moins que l’on puise dire c’est que l’agenda n’est pas favorable pour une réussite des assises à la date prévue. De nombreux participants indispensables ne pourraient pas y prendre part. Outre le processus de validation du projet de loi de finances 2013, le road show sur les places financières internationales pour la levée de fonds sur le marché obligataire international d’1 milliard de dollars mobilisera jusqu’au 5 décembre prochain (date de clôture de la tournée) une forte délégation marocaine dont le ministre de l’ Économie et des finances, Nizar Baraka.
Mais comment les professionnels réagissent-ils à ce report? Pour eux le report des assises n’est pas gênant tant qu’il ne s’agit pas d’une annulation.
«On peut considérer que c’est un délai supplémentaire pour bien préparer les dossiers, mieux affiner et mieux vendre les projets. Il est néanmoins dommage qu’une simple question d’agenda des participants chamboule tout», note Saïd Mouhid, directeur du Centre régional du tourisme (CRT) de Casablanca. «Les assises du tourisme, qui devraient consacrer, cette année, les choix stratégiques par rapport aux différents chantiers, est un événement très important pour le secteur, pourvu que l’on ait l’occasion de confirmer les projets stratégiques, économiques et sociaux de cette activité. C’est pourquoi, elles doivent être programmées dans des conditions optimales en réunissant tous les facteurs de succès», ajoute-il.
Même son de cloche auprès du président de la FNIH (Fédération nationale de l’industrie hôtelière), Abdellatif Kabbaj. «Il n’y a pas d’inconvénient à reporter les assises du tourisme, si cela doit permettre d’avoir toutes les conventions prêtes et pour qu’elles soient bien préparées».
Hamid Bentahar, le président du CRT de Marrakech, ne fait pas l’exception : «Je ne connais pas les vraies raisons de ce report. Si c’est pour améliorer et affiner les choses, ce n’est pas grave de reporter», ajoute-t-il.

Un sentiment d’inachevé

Certes les opérateurs touristiques sont pour la bonne préparation de cette manifestation, seulement, on pourrait dire qu’un sentiment d’inachevé se dégage. D’autant que la décision de report des assises du tourisme pour 2013, accréditerait tout simplement l’annulation, pour 2012, de ce rendez-vous tant attendu par les professionnels. Pour le moment, aucune date n’est fixée pour la tenue des prochaines assises. «Par rapport à la date, rien n’est encore décidé. N’empêche que même en 2013, nous devons tenir compte du calendrier des différents Salons internationaux qui se tiennent annuellement tout au long des six premiers mois de l’année», a précisé le ministre qui se veut rassurant sur l’impact du report sur le moral des acteurs touristiques. «On n’attend pas les assises pour nous concerter avec les professionnels. Le ministère est toujours ouvert à leurs doléances», a-t-il précisé.

Il convient de rappeler à ce titre, que les assises du tourisme, programmées annuellement depuis 2001, signent une absence de deux années et ceci depuis 2010, année de la signature du contrat-programme «Vision 2020», dont les principaux chantiers avancent à petits pas. Pendant ces deux années, la priorité a été accordée à la gouvernance et au pilotage de la vision 2020, laquelle prévoit l’adaptation de l’architecture institutionnelle du secteur du tourisme à travers un nouveau dispositif dont l’objectif est de renforcer le leadership du secteur, notamment au niveau régional, de s’inscrire dans la logique d’aménagement intégré du territoire et de disposer au niveau régional, de plateformes de concertation structurées et institutionnalisées, en mesure de gérer et de fédérer les différentes parties prenantes locales du secteur touristique. Ainsi, les nouvelles instances de gouvernance prévoient la création d’une Haute autorité du tourisme (HAT), qui veillera à la bonne exécution de la stratégie, en appui de l’action gouvernementale dans une logique de continuité. Cette instance garantira également l’efficacité en termes de suivi, d’ajustement et d’arbitrage dans la mise en œuvre de la Vision 2020. Dans la même optique, il est prévu la mise en place des Agences de développement touristique (ADT) qui deviendront des plateformes de concertation et d’échange et constitueront le socle de la politique régionale.

Huit ADT seront créées progressivement selon la maturité des territoires touristiques et le démarrage effectif des premières agences est prévu pour fin 2013. Celles-ci devront remplacer les CRT et les Conseils provinciaux du tourisme. Pour dire que le chantier est lourd à gérer, étant donné ses liens trop étroits avec le projet de régionalisation avancée dont le processus de mise en œuvre est en retard. Encore faudrait-il accélérer la mise en place et le vote des lois les régissant. Sans omettre les réticences de transformation des CRT en ADT aux niveaux des villes d’Agadir et de Marrakech. À ce jour, le principal chantier que le ministère du Tourisme s’active à finaliser et qui semble bien avancé est celui des contrats-programmes régionaux des différentes régions, dont la signature était programmée le 4 décembre 2012. Depuis près de 5 mois, les réunions se sont multipliées entre le ministère de tutelle, la SMIT (Société marocaine d’ingénierie touristique), les  autorités locales, les élus et les intervenants touristiques dans différentes régions, pour débattre des actions à mettre en place en vue de concrétiser les ambitions de la Vision 2020, à travers l’adoption d’une politique d’aménagement territorial de l’offre touristique. Ceci entre dans le cadre de la mise en œuvre des contrats-programmes et vise à décliner l’offre touristique sur plusieurs segments : culturel, balnéaire et naturel. «Des contrats-programmes régionaux seront signés incessamment. Certains d’entre eux vont demander beaucoup plus de temps à être finalisés», a précisé Lahcen Haddad.

Pour rappel, c’était au niveau des deux principales destinations, Marrakech et Agadir que les discussions étaient les plus animées. À Marrakech, le débat porte sur le développement touristique alors qu’au niveau d’Agadir, il est plus orienté sur le positionnement des stations balnéaires et le côté résidentiel. «Pour le CPR Marrakech, c’est en cours de finalisation. Nous espérons que cela sera signé d’ici décembre prochain. Nous avons tenu plusieurs réunions et décliné plusieurs recommandations, nous n’attendons que la version finale», a précisé Hamid Bentahar. S’agissant des autres chantiers de la Vision 2020, ils suivent leur cours normalement. Il s’agit notamment de celui portant sur l’amélioration de la compétitivité des entreprises touristiques et devant aboutir à la mise en place d’un «Programme national pour l’innovation et la compétitivité touristique». Ce chantier donnant la part belle à la réforme réglementaire des textes encadrant les métiers de la chaîne touristique, porte aussi sur la mise en place d’un dispositif d’appui global et intégré spécifique aux entreprises touristiques. C’est dans ce sillage qu’a été signée, la semaine dernière, une convention pour le lancement des programmes «Moussanada Siyaha» et «Imtiaz Siyaha» pour le financement et l’accompagnement des entreprises du secteur touristique, qui ont subi de plein fouet les effets de la crise économique internationale. L’année 2012 devrait se terminer, selon les dernières estimations du ministère du Tourisme, sur un recul des recettes touristiques. Quant aux arrivées et aux nuitées dans les hôtels classés, elles devraient accuser des progressions respectives de 2% et de 1% par rapport à fin 2011.

L’année 2013 ne serait pas du tout facile. La reprise économique en Europe n’est attendue qu’en 2014. Il faudrait redoubler d’efforts sur le plan de la promotion pour plus d’agressivité sur les marchés traditionnels, tout en s’attaquant à de nouveaux marchés dont les pays scandinaves, que Royal Air Maroc (RAM) envisage d’attaquer prochainement.

Budget en hausse pour le tourisme en 2013
En 2013, la mise en œuvre de la vision 2020 s’articule autour des six plans principaux. Il s’agit de la diversification du portefeuille produits, de la promotion et de la commercialisation adaptée pour développer l’attractivité des territoires touristiques, le renforcement de la compétitivité du tissu d’acteurs, le développement durable, la formation des ressources humaines et l’adoption de mesures de soutien pour une dynamique d’investissement soutenue.
Pour ce faire, le budget du tourisme, au titre du projet de loi de finances 2013, s’élèvera à 820,60 MDH contre environ 616,97 MDH en 2012, soit une hausse de 33%. Ce budget est partagé entre les dépenses de fonctionnement, dont le montant global se chiffre à 225,28 MDH, et les dépenses d’investissement qui atteignent 595,32 MDH. Pour rappel, les principaux objectifs recherchés, dans le cadre de la vision 2020, consistent en la multiplication par deux de la capacité d’hébergement touristique avec la création de 200.000 lits additionnels, le doublement du nombre d’arrivées aux frontières pour les porter à 20 millions de touristes, la création de 530.000 nouveaux emplois directs sur l’ensemble du territoire national et l’accroissement des recettes touristiques en les portant à 140 MMDH en 2020.

Publié 28 novembre 2012 par Michel Terrier dans Actualité, Agadir, Tourisme

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