Le Maroc leader mondial de production de sardines, pourtant elles restent un luxe à l’intérieur du pays

Ristel Tchounand – yabiladi.com

A l’occasion de la « Fête de la sardine », Le ministre de l’Agriculture et de la Pêche Aziz Akhannouch a présenté hier le Maroc comme étant un des leaders mondiaux de la production de cette espèce de poisson. Mais alors que le royaume jouit d’une position si noble, l’intérieur du pays reste mal approvisionné, ce qui fait flamber les prix. Du coup, le poisson des ménages modestes dans les zones côtières est un luxe ailleurs. Explications.

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Abondant sur nos côtes, la sardine se fait plus rare sur les étals des villes intérieures du royaume / DR

 

« Avec près de 57% de la production halieutique nationale, le Maroc est le leader mondial de la production de sardines« , a déclaré hier à Al Hoceima le ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, Aziz Akhannouch, rapporte la MAP. Cette sortie médiatique a eu lieu dans le cadre de la première édition de la « Fête de la sardine » célébrée du 27 au 31 août simultanément dans 5 plages du royaume (Al Hoceima, Martil, Agadir-Taghazout, Dakhla et Mehdia).

Lors de son allocution, le ministre n’a pas tari d’éloges pour les prouesses du Maroc dans ce domaine, notant que « les sardines ont depuis toujours occupé une place particulière dans les habitudes alimentaires des Marocains au regard de leur valeur nutritive et leur prix qui reste à la portée de toutes les couches de la société ».

Jusqu’à 40 dirhams le kilo, voire plus !

Cependant, les dires de M. Akhannouch sont contestés, en témoignent les critiques des associations de consommateurs à travers le royaume. « Je regrette, mais nous sommes encore très loin de ce que devrait être le Maroc en matière de consommation de sardines », affirme Abdelkader Terfai, président de l’association ALFATH pour la protection du consommateur, joint par Yabiladi.

D’après lui, ce que dit le ministre n’est valable que pour les villes côtières et non pour tout le Maroc. « A l’intérieur du pays, les gens n’ont pas cette habitude de consommation, parce que la sardine est rare sur le marché. Lorsqu’on en trouve, c’est à un prix inabordable et inaccessible pour le Marocain moyen », explique le responsable associatif.

Sur ce point, le président de l’Association marocaine de protection et d’orientation du consommateur, Dr Bouazza Kherrati, se veut plus précis. « Dans certaines régions de l’intérieur, vers le Sud notamment, il faut débourser jusqu’à 40 dirhams, voire plus pour un kilo de sardines », affirme-t-il à Yabiladi. Selon lui, les manifestations telles que la « Fête de la sardine » ne devraient être uniquement organisées dans les villes côtières, mais aussi dans les villes de l’intérieur.

Exporté à grande échelle alors que tous les Marocains ne peuvent en jouir, « Akhannouch doit faire plus d’efforts »

Une fois de plus, l’on se retrouve face à une belle opération de communication, loin des réalités d’ensemble. Les associations de consommateurs déplorent également que tous les Marocains ne puissent pleinement jouir de ce produit abondant dans les eaux nationales, alors qu’il est exporté en masse. En 2013, à titre d’exemple, les exportations de sardines vers l’Espagne seulement ont augmenté de 135% atteignant les 5 408 tonnes. En outre, « les meilleures sardines sont sélectionnées pour servir à la fabrication d’autres produits comme la farine de poisson », relève le Dr Kharrati.

Les associations appellent Aziz Akhannouch à faire  » plus d’efforts » pour assurer un certain équilibre de l’approvisionnement en sardines sir l’ensemble du territoire national. Comme le ministre, les Marocains pourront alors affirmer eux aussi que « les sardines ont depuis toujours occupé une place particulière dans les habitudes alimentaires des Marocains au regard de leur valeur nutritive et leur prix qui reste à la portée de toutes les couches de la société ».

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Publié 2 septembre 2014 par Michel Terrier dans Actualité, Pêche

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