Un nouveau rapport alarme sur le stress hydrique au Maroc

Par Pauline Chambost – telquel.ma

 

Un nouveau rapport alarme sur le stress hydrique au Maroc
Nous arriverons bientôt sous la barre des 500 m3 d’eau par personne, chiffre limite de la pénurie. Crédit : Cha già José / Flickr.
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Le Maroc est l’un des pays les plus menacés par le stress hydrique. Face au danger, une seule solution : diminuer la consommation d’eau. Pourtant, les autorités souhaitent augmenter la demande.

Le World Ressources Institute a combiné douze indicateurs pour calculer le risque de stress hydrique de chaque pays. Le Maroc y est très mal noté : 4,2 sur 5. Il fait donc partie de la vingtaine de pays les plus menacés, placés en tant qu’« extrêmement risqués ». Les scientifiques alarment déjà depuis plusieurs années sur ce problème de pénurie, mais ce nouveau document offre l’avantage d’être précis, aussi bien au niveau de la localisation que des différents dangers. Pourtant, de son côté, la ministre déléguée en charge de l’Eau, Charafat Afilal, a déclaré ce 15 octobre que « la situation reste sous contrôle ».

stresshydrique

D’après le World Ressource Institutes, tous indicateurs confondus, la majeure partie du territoire se trouve en alerte « haut risque ». Certaines régions sont même classées « extrêmement risquées », à l’image de celle de Marrakech. Le rapport pointe aussi du doigt le risque de perte en qualité, puisque quantité et qualité d’eau sont directement corrélées, comme l’explique Mohamed El Medhi Saidi, climatologue :

Quand l’eau baisse en quantité, la qualité s’altère puisque la concentration en sel augmente. C’est le phénomène dit du biseau salin : quand les nappes phréatiques baissent de niveau, les eaux souterraines pénètrent dans les eaux du continent. Nous l’avons déjà observé dans les régions d’Agadir ou El Jadida.

Trouver de nouvelles ressources ou diminuer notre consommation ?

Face à un tel problème, deux solutions : trouver de nouvelles sources ou diminuer notre consommation. Les autorités veulent combiner les deux, comme l’a rappelé Charafat Afalal, qui a parlé encore ce 15 octobre de « développement de l’offre » à la Chambre des conseillers.

Les autorités ont largement fondé leur politique d’accès à l’eau sur les barrages mais ceux-ci ont une capacité limitée. Des débris provenant des hautes montagnes y stagnent en formant une sorte de vase qui bouche le fond du barrage, qui perd alors en capacité. « Les mesures de ces vases cumulées ont montré que l’on perd l’équivalent d’un barrage chaque année », nous précise le climatologue. Des mesures techniques et biologiques (plantations d’arbres pour fixer le sol) ont été prises pour éviter que les débris n’arrivent jusqu’aux barrages mais cela nécessite de très gros budgets.

Autre possibilité pour trouver de l’eau : le dessalement de l’eau mer, étant donné que le Maroc a un énorme potentiel avec ses milliers de kilomètres de côtes. Problème : cette technique est très énergivore, notamment lors de l’acheminement de l’eau vers la terre. C’est pourtant l’une des solutions retenues par les autorités.

Lire aussi« Charafat Afilal détaille son plan national de l’eau »

Aussi, certains militent pour explorer de nouvelles ressources, mais « elles sont presque toutes connues, hormis les eaux fossiles, qui ne sont pas renouvelables », alerte Mohamed El Medhi Saidi.

Des coupures d’eau pour sensibiliser

La seule solution pour faire face à cette pénurie semble bien être la rationalisation de la consommation. Mais pour le moment, nous sommes bien loin d’une diminution au niveau des ménages. « J’ai l’impression que le citoyen lambda n’a pas conscience de l’existence de ce risque puisqu’il n’a aucun problème d’accès à l’eau », s’inquiète le scientifique. Pour lui, « un pays comme le Maroc devrait imposer un accès limité alors qu’il se comporte comme un pays tempéré ». Le climatologue évoque par exemple l’idée de coupures d’eau pour inciter à une prise de conscience. « Cet été il y a eu une coupure dans la région d’Agadir, c’était la panique incroyable ». Aussi, il cite des pratiques déjà essayées ailleurs, comme l’utilisation pour la chasse d’eau d’une eau ménagère déjà usagée, comme cela se fait au Japon par exemple.

Mais 80 % de l’utilisation hydrique concerne l’agriculture. C’est donc dans ce domaine que la rationalisation devrait être la plus importante. Les exploitations doivent changer leur mode d’irrigation. Un programme a d’ailleurs commencé dans la plupart des territoires irrigués (hormis les zones rurales) pour convertir la pratique actuelle appelée gravitaire, avec laquelle beaucoup d’eau se perd, par le procédé du goutte à goutte.

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Publié 16 octobre 2014 par Michel Terrier dans Actualité, Agriculture, Eau, Ecologie, Environnement

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