Pourquoi la capitale du Souss boude la gestion déléguée

par Noureddine EL AISSI – leconomiste.com

  • Elle coûte chère avec une qualité de service contestée
  • La gestion directe a permis de dégager un excédent de 230 millions de DH en 2013
  • Les SDL constituent un outil pour améliorer la gouvernance locale
Pour Tarik Kabbage, maire de la ville d’Agadir, il est très difficile d'attirer des compétences dans les communes en raison de salaires peu motivants, et souvent les compétences manquent pour le pilotage efficace des grands projet (Ph. L'Economiste)

Pour Tarik Kabbage, maire de la ville d’Agadir, il est très difficile d’attirer des compétences dans les communes en raison de salaires peu motivants, et souvent les compétences manquent pour le pilotage efficace des grands projet (Ph. L’Economiste)

– L’Economiste: On constate ces derniers temps, notamment dans les grandes villes, la création de sociétés, SDL ou SA, pour prendre en charge une partie des tâches relevant des communes. Comment appréciez-vous cette mesure?
– Tarik Kabbage, maire d’Agadir: Sur ce point, il convient de rappeler que la Charte communale de 2009 avait introduit la notion de Société de développement local (SDL), un modèle qui existe dans de nombreux pays pour une meilleure gestion des services aux citoyens dans des domaines comme la collecte des déchets, le transport urbain, la distribution de l’eau et de l’énergie et l’assainissement liquide. C’est donc une gestion déléguée à une société dont le capital peut être détenu en totalité ou partiellement (partenaire institutionnel ou privé) par la commune. L’avantage réside dans une plus grande efficacité avec allégement des procédures tout en maintenant l’esprit du service public. La ville d’Agadir a prouvé qu’il est possible de mieux se gérer avec une meilleure qualité de service que dans bien des villes qui ont confié au privé la gestion déléguée de certains services.
– Mais on reproche aux élus un manque de compétence ainsi que leur indifférence à la chose locale. Les cas de Casablanca et Rabat constituent un exemple dans ce sens. Qu’en pensez-vous?
– S’ils sont incompétents, la responsabilité revient, en principe, à leurs partis politiques qui les ont choisis et aux citoyens qui les ont élus. Il y a aussi le boycott des élections par une partie de la population, ce qui ouvre la porte à l’incompétence. Le mode de scrutin ne permet pas de dégager des majorités fortes, et par conséquent un président avec une équipe homogène. Une telle situation rend difficile le pilotage par les élus des projets de développement et de gestion de leurs communes dans de bonnes conditions. Il faut aussi signaler que les communes ne peuvent pas drainer des cadres compétents, car les salaires ne sont pas très motivants par rapport à d’autres administrations et sociétés.
– Comment procédez-vous au pilotage des projets pour la ville d’Agadir?
– Avec quelques vice-présidents,  nous en sommes à notre deuxième mandat. Le pilotage des projets se fait correctement, mais il dépend aussi des compétences dans l’administration communale. Au cours du premier mandat, nous avons réalisé un programme que nous avons intitulé « projets structurants » sur un montant, de 1,2 milliard de DH sur la période 2006-2010. Nous avons réalisé la promenade maritime sur 5 km, la réhabilitation ou la réalisation de nombreuses voies, l’éclairage public, des projets de loisirs et de sport dans les quartiers.
Forts de cette expérience, nous avons voté le Plan communal de développement qui est la traduction des aspirations des citoyens et de notre programme politique. Ce programme est réalisé avec les moyens de la commune pour une enveloppe de 1,1 milliard de DH. Il intègre les projets des différents ministères concernés en particulier l’Education et la Santé. Il est la continuité de l’action menée au cours du premier mandat. A la fin de notre deuxième mandat, tous les quartiers de la ville auront bénéficié de  projets dans les domaines des infrastructures (voiries, éclairage) et d’équipements de proximité dans les domaines du sport, du social et de la culture dont nous venons d’aménager le conservatoire de musique.
– Et pour le financement?
– Nous essayons d’assurer une gestion rationnelle de nos ressources pour dégager des moyens permettant le financement d’une partie de nos projets. L’année dernière, nous avons réussi à dégager un excédent budgétaire exceptionnel d’environ 230 millions de DH dont 85 millions provenaient de la taxe sur les terrains non bâtis. Il faut aussi signaler que notre ville est parmi les rares qui ne recourent pas à la gestion déléguée. Ce qui nous a permis de maîtriser la qualité de la gestion de nos services, y compris leur coût. C’est le cas notamment de la collecte des déchets dont la tonne nous revient à 230 DH contre plus du double dans certaines villes. Il faut signaler que dans le cadre du PCD, nous avions envisagé la mise en place des SDL, notamment dans les domaines  des déchets, de l’énergie et des infrastructures. Mais ces projets n’ont pas abouti suite au refus du ministère de tutelle.  Aujourd’hui, les choses changent et une SDL intercommunale devrait voir le jour pour la réalisation de voies dans le Grand Agadir et en particulier dans le transport urbain avec la première voie de Bus Way (bus à haut niveau de service), un projet de 800 millions de DH.

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Publié 29 octobre 2014 par Michel Terrier dans Actualité, Agadir, Environnement, Urbanisme

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