Tsunami : Le Maroc est-il menacé ?

Par Hayat Kamal Idrissi – lobservateurdumaroc.info,  le 29 octobre 2014

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Loin de tout sensationnalisme, la menace serait bien réelle ! Des scientifiques sont catégoriques: un méga tsunami provenant des îles Canaries frappera non seulement les côtes atlantiques marocaines, mais également l’Espagne, le Portugal, la Grande Bretagne et atteindra même les côtes américaines. Certains spécialistes prévoient le pire et imaginent déjà des scénarios désastreux. D’après eux, un léger tremblement de terre ou une éventuelle éruption volcanique peuvent déclencher l’une des plus violentes catastrophes naturelles de l’histoire… Seul le timing de ce tsunami reste inconnu, au grand désarroi d’un public mal informé, et encore pire mal préparé à ce genre de catastrophes. Le point.

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Sismicité marocaine

Ce n’est pas une nouveauté. Le Maroc est situé dans une zone géographique à risques. Les recherches scientifiques et l’histoire le confirment. «Le Maroc, par sa position charnière à l’angle nordouest du continent africain, est le siège d’interactions entre des plaques lithosphériques: Afrique-Amérique, d’une part, et Afrique- Eurasie, d’autre part. Ces interactions se manifestent par une activité sismique non négligeable», affirme le chercheur Driss Bensari dans son livre « Prévision et prévention des catastrophes naturelles et environnementales. Le cas du Maroc». Fort de plusieurs années de recherches et de travaux pour la promotion des programmes internationaux voués à la réduction des risques naturels, le scientifique va plus loin en confirmant que « sur le plan continental, le Maroc se trouve dans la zone d’Afrique la plus active du point de vue sismique. Sur le plan régional et sous-régional, notre pays s’insère également dans la zone méditerranéenne ibéro-maghrébine ; une région bien connue pour son instabilité sismique et comprenant des zones à haut risque», rajoute le chercheur. Des propos qui sont confirmés par le sismologue Taj- Eddine Cherkaoui qui modère cependant en signifiant que le Maroc est loin d’être le Japon en termes de sismicité. «La probabilité d’avoir un séisme de magnitude supérieure à 7 reste faible. Sur une centaine d’observations sismologiques instrumentales, seul le séisme d’Al Hoceima avait une magnitude supérieure à 6 », argumente auparavant le scientifique. Si le Maroc se situe dans une zone géographique modérément « agitée», il est loin de se trouver dans une zone de subduction (une plaque qui s’enfonce sous une autre en causant de fortes secousses) comme c’est le cas au Japon. Autre élément qui diminue l’ampleur des éventuels séismes marocains : la vitesse de rapprochement entre les deux plaques Afrique-Eurasie qui reste faible (0,5 cm/an) en comparaison avec celle enregistrée au Japon (8,5 cm/an) soit 17 fois plus qu’au Maroc. Des chiffres rassurants mais qui n’annulent pas pour autant un historique sismique significatif. Surtout si l’on considère qu’un «séisme qui s’est produit par le passé dans une région précise se reproduira prochainement sans aucun doute dans cette même zone», comme l’attestent les sismologues. L’histoire du Maroc et des pays voisins regorgent de récits de séismes violents et d’autres moins virulents. Les esprits gardent encore vivant le souvenir d’un Agadir dévasté en 1960 et d’une Hoceima meurtrie en 2004. Mais ce ne sont là que les plus récentes catastrophes vécues par les Marocains. Les manuscrits historiques rapportent cependant les récits de séismes encore plus violents survenus des siècles auparavant, que ça soit en terre ferme ou en pleine mer.

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1755 et les autres

En regardant les images apocalyptiques des tsunamis du Japon survenu en 2011 et celui de Phuket (Indonésie) en 2004, beaucoup de Marocains ont été loin d’imaginer que ça peut survenir au Maroc. Mais, il va falloir réviser ses certitudes car même si beaucoup l’ignorent, le Maroc a bel et bien été frappé dans le passé par un violent tsunami… C’était suite au fameux tremblement de Lisbonne en 1755. Plus connu sous l’appellation du tremblement de terre de «Méknassa Azaytouna», ce séisme est pourtant le plus dévastateur de l’histoire du Maroc. Liée au terrible tremblement de terre de Lisbonne, cette secousse tellurique d’une magnitude de neuf sur l’échelle de Richter a causé plus de 60.000 morts en détruisant la capitale portugaise. Le Maroc ne s’en est pas sorti indemne malgré la distance: ce qui a été épargné par les secousses a été ravagé par le tsunami qui s’en est suivi. D’après les récits des historiens, la totalité de la côte ouest marocaine de Tanger à Agadir a été inondée par de gigantesques vagues ayant atteint jusqu’à 15 m de hauteur et causant d’importants dégâts humains et matériels. «En 1169 de l’hégire, se produisit le grand tremblement de terre au Maghreb, qui détruisit presque complètement Méknassa Azaytouna et fit un nombre incalculable de morts. Parmi les esclaves seulement, il mourut près de 5.000 personnes », rapporte Ahmad Ibn Khalid Al Nasiri dans «Kitab el Istiqsa». Fès et Meknès furent complètement démolies et 3000 personnes trouvèrent la mort sous les décombres. Plus loin sur les côtes atlantiques, le bilan n’est pas moins tragique. Les villes côtières sont surprises par un tsunami ravageur. Dans les courriers de l’Atlas, on cite Ahmad ibn Khalid Al Nasiri décrivant la catastrophe : «A Salé, Il y a eut de grands dégâts, plusieurs maisons étant tombées ; la mer inonda toutes les rues et magasins. La mer se retira sur une grande étendue et des gens étaient allés voir ce phénomène quand tout à coup la mer revint brutalement vers le rivage. Elle dépassa de loin sa limite habituelle et tous ceux qui étaient en dehors de la ville de ce coté là furent engloutis». El Jadida n’est pas épargnée, l’océan s’éleva au dessus de la muraille de la cité et se déversa comme une calamité sur ses artères. Des poissons orphelins de leur mer restèrent dans la ville lorsque cette dernière s’est retirée en rasant sur son passage«terrains de pâture et de culture, bateaux et canots», liton dans «Kitab el Istiqsa». D’autres récits évoquent les dégâts causés par le tsunami à Tanger, Nador, Badis, Larache, Salé, Rabat et même à Marrakech ! Une catastrophe nationale qui malgré son ampleur est rarement évoquée si ce n’est inconnue pour le grand public. Pourtant, c’est là une leçon à tirer d’un phénomène « chronique » qui a tendance à se répéter dans les mêmes lieux à intervalles variables. Deux siècles plus tard, la nature frappe encore au Royaume. Cette fois, c’est Agadir seule qui en fait les frais. Même si le Maroc est sujet à de fréquents tremblements de terre de faibles magnitudes dans les différentes régions, celui d’Agadir survenu en 1960 fut particulièrement meurtrier. Ne dépassant pas 5,7 de magnitude sur l’échelle de Richter, il emporte pourtant 12.000 victimes. La ville a été presque rasée malgré la relative faiblesse du séisme. Les spécialistes dénoncent l’inadéquation des constructions et le non respect des normes. 40 ans plus tard, un séisme de magnitude 6,3 frappe à nouveau, plus au nord, à Al Hoceima. Les dégâts sont moins importants mais il fait tout de même 629 morts.

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Méga tsunami, la menace

Provoqué par des séismes en milieu marin, les tsunamis sont souvent d’une violence particulière. Ravageurs, leurs dégâts dépassent de loin ceux provoqués par les séismes en terre ferme. Au Maroc, les capteurs sismiques du réseau national détectent souvent des secousses telluriques en milieu marin. Cependant, les spécialistes minimisent leur menace vu la particularité de la zone océanique marocaine. Cette dernière se caractérise par l’importance de la longueur des failles. Un autre facteur minimisant les risques est également évoqué par les sismologues : la profondeur du foyer du séisme. Décryptage : ce sont les séismes superficiels qui provoquent les tsunamis et non pas ceux intermédiaires et profonds. Ceci dit le risque d’un tsunami provoqué par un tremblement de terre en haute mer n’est pas tout à fait omis. Toutefois d’après certains scientifiques, le véritable danger réside ailleurs. Il guette du côté de l’île de Palma dans l’archipel des Canaries. Depuis plusieurs années, les études se multiplient et s’accordent sur l’ampleur de la menace qui plane sur les côtes atlantiques du Maroc. En 2001, un premier article signé par l’Américain Steven Ward et le Britannique Simon Day et publié par la très sérieuse revue scientifique Geophysical Research Letters, évoque l’éventuel effondrement du volcan Cumbre Vieja, situé sur l’île de Palma aux Canaries. D’après les chercheurs, une faille s’est creusée au niveau du mont, dans les années 1950 suite à l’éruption horizontale (et contre nature) du volcan sommeillant. Au fil des ans, cette faille n’a cessé de grandir en augmentant le risque d’un effondrement apocalyptique du mont. D’après les scénarios les plus pessimistes, ce dernier générera un mega tsunami à la puis- sance illimitée vu le volume représenté par la montagne détachée : une énorme entité longue de 25 km, large de 15 km et épaisse de 1.400 mètres soit un total de 500 kilomètres cubes de rocher. Colossal ! «La première vague aurait des conséquences catastrophiques sur les Canaries. Le cataclysme est d’une infinie puissance. On n’y peut rien, il faut juste fuir !», explique auparavant Charles Watson, responsable recherche et développement au Kenetic Analysis Corporation (voir entretien), dans un reportage sur le méga tsunami, ayant fait dernièrement le buzz sur le net. D’après les chercheurs interviewés dans ce documentaire alarmant, la vague qui atteindra les côtes marocaines sera d’une hauteur de 150 m, soit trois fois la tour Effel ! L’Espagne et le Portugal verront déferler une vague de 40 m tandis qu’en Angleterre, elle ne dépassera pas les 8 m. Les côtes Est américaines, ne seront pas épargnées non plus et seront touchées par les vagues dévastatrices. «Les Caraïbes et Bermudes seront complètement rasés» prédisent les scientifiques. Un méga tsunami qui prend de plus en plus les allures d’une catastrophe internationale. Mais au-delà des scénarios apocalyptiques décrits par les scientifiques, peut-on prévoir l’heure ou la date du méga tsunami ? Les chercheurs répondent en choeur : rien n’est plus incertain ! Il suffit d’une légère secousse pour provoquer l’indéniable. Pour Pedro Hernandèz, responsable prévision à l’Institut volcanique des Canaries, «une cellule de veille a été montée dans l’objectif de guetter les signes précurseurs d’une irruption volcanique vu que cette dernière peut provoquer un tremblement de terre ». D’après le scientifique, chaque irruption est accompagnée d’une augmentation de la sismicité. Aux Canaries, un séisme volcano-tectonique est pratiquement probable et prévisible. « Mais ça ne laissera que quelques heures pour une éventuelle évacuation des habitants loin du danger », note-t-il dans le même documentaire . Un point crucial, vu qu’au Maroc, il a fallu attendre la diffusion d’un documentaire scientifique étranger sur les réseaux sociaux, pour que l’on apprenne enfin l’existence d’une telle menace. Pire, en essayant durant deux semaines de contacter le responsable du service prévision de l’Institut de géophysique, pour de plus amples explications, nous avons été refoulés à chaque tentative de communication. Peut-on s’attendre à un véritable travail de prévision de telles catastrophes lorsque le chef de la cellule de veille est toujours absent de son poste ? Grande question qui se rajoute aux autres doutes par rapport à la gestion des situations de crises en cas de catastrophes naturelles. Sachant qu’aucune formation ou préparation à l’affrontement de telles situations n’est proposées que ça soit dans le milieu éducatif, associatif ou professionnel. Dans un pays où les scientifiques s’accordent sur sa prévalence en termes sismiques, on gagnerait à renforcer le système de prévision, à s’ouvrir sur les expériences d’autres pays tout en se préparant et en préparant les populations…au pire.

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Publié 29 octobre 2014 par Michel Terrier dans Agadir, Environnement

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