Intempéries : Le Souss emporté par les eaux

par Fatiha Nakhli – leconomiste.com

  • Routes coupées, trafic restreint
  • Les infrastructures s’effritent, les ponts cèdent
  • Mobilisation massive pour contenir la situation

Le niveau de l’oued Souss est monté de manière spectaculaire. Ce qui a attiré les curieux qui viennent visionner de près, malgré le danger que cela représente. En fin de journée, le pont, qui a subi la montée des eaux, n’a pas résisté – Le pont de Tamraght, dans la commune rurale de Aourir, s’est effondré. Mohamed Yazid Zelou, wali de la région SMS et président du dispositif d’urgence Orsec, est allé sur place pour mesurer l’ampleur des dégâts.

 

C’est un véritable tsunami pluvial qui s’est abattu sur le Souss ce week-end, région dans laquelle le plan Orsec était déclenché depuis jeudi. Les précipitations enregistrées depuis ce jour à minuit jusqu’à samedi en fin d’après-midi ont atteint des chiffres record en seulement 36 heures: 158 mm à l’aéroport Agadir Al Massira, 142 mm à Agadir, 152 mm à Tiznit. Et à Taroudant et Sidi Ifni, respectivement 126 mm et 102 mm, selon les chiffres de la direction régionale de la météorologie.  Des pluies sans précédent lors des 30 dernières années. Aussi, une cellule  de vigilance et gestion de crise, active 24h sur 24, a été mise en place au siège de la wilaya de la région SMD, massivement mobilisée. L’état  d’alerte a permis de déployer à grande échelle les plans de gestion des risques d’inondations. Spectaculaires et essentiellement dues à la crue des oueds, elles ont causé d’importants dégâts matériels dans l’infrastructure de base. Le premier pont à avoir cédé est celui de Tamraght, dans la commune rurale de Aourir. La route nationale Agadir-Essaouira est  fermée à la circulation. La route d’Imouzzer est endommagée sur 5 kilomètres  à cause des gravats charriés par les eaux, la route de Ait Iazza, dans la province de Taroudant, est détruite en sept endroits différents… A Tamait, Ouled Dahou, Amskroud, Tamri… un peu partout, des ouvrages, dalots et ponts sont emportés par les flots. A Ouled Dahou, le gouverneur de la province d’Inezgane Ait Melloul, en visite sur les lieux, a passé près de 10 heures encerclé par les flots avant que les secours n’arrivent à le récupérer très tôt samedi.
Pratiquement toutes les routes sont coupées. «La priorité pour le moment est de réparer les routes endommagées et fermées à la circulation », a déclaré Mohamed Hassad, ministre de l’Intérieur, lors de la réunion dédiée à la présentation du bilan des inondations et qu’il a présidée à la wilaya samedi dernier. Le principal objectif des autorités est de surveiller étroitement la situation dans les deux régions de Souss-Massa-Draâ et de Guelmime-Smara, et de coordonner les actions pour garantir la protection des citoyens et de leurs biens», a-t-il ajouté. Le ministre s’est aussi enquis du moyen d’accéder à Guelmime, déclarée zone sinistrée, à cause des routes coupées et des mauvaises conditions climatiques.
Mais ce  n’est pas seulement le trafic routier qui est paralysé dans le Souss. Les pluies diluviennes et les vents très forts qui s’abattent sur la région, depuis jeudi soir, ont causé des coupures d’électricité à Agadir, Dcheira, Inezgane Ait Melloul… Et aussi dans les communes rurales de Aziar, Immouzer, Tikki et Admin…  Les poteaux électriques ayant été emportés ou détruits par les  eaux.  L’isolement des populations encerclées par les flots est aggravé  par la perturbation  du réseau téléphonique.

Les crues de oued Tamraght ont causé l’isolement de plusieurs douars dont ceux de Asren, Igourdane, Tamzait et Tagadirt Oumoussa sur la route d’Imi Miki. Les populations sont encerclées par les eaux: pas d’électricité, pas d’eau potable, ni de réseau téléphonique – La force de la crue de oued Tamraght, sur la route d’Imi Miki, est tellement forte qu’un pan de la bordure du oued s’effondre. « On a cru à un tremblement de terre quand la bordure a commencé à céder, tellement c’était violent », témoigne un habitant local.

 

L’impact des intempéries a aussi pour résultat la coupure du réseau d’eau potable. Les populations, elles, coincées au milieu des boues, et dont les habitations ont été détruites, sont totalement désemparées. Les éléments de la Protection civile ont procédé à des opérations de sauvetage. Moyens utilisés, entre autres: des pneumatiques et des barges en aluminium.

. Ainsi, 8 personnes ont été secourues à Tamraght, 19 à Agadir Ida Outanane, 17 personnes à Inezgane Ait-Melloul.

. Ces victimes de surface, comme elles sont appelées dans le jargon du sauvetage, sont pour le moment relogées chez la famille ou les voisins. En attendant une solution meilleure. «Il faut dire que malgré le risque encouru lors des intempéries, les citoyens les plus menacés s’obstinent, en général, à rester dans leur logis», note ce sauveteur. Heureusement, il n’y a pas de morts à déplorer, c’est ce que les autorités ont déclaré officiellement samedi.
Al Omrane pointé du doigt à Anza  Al Oulia: «Cela fait deux jours qu’on ne dort plus, on ne sait plus où donner de la tête», témoigne cet habitant du bloc D à Anza Al Oulia. «Nos maisons flottent dans la boue et la force des eaux a déstabilisé les fondations .

. c’est la faute d’Al Omrane» a-t-il ajouté.  De fait, ces citoyens, dans le cadre du recasement Agadir ville sans bidonville, ont acquis des lots de terrain sur une zone en plein cœur du lit de la rivière. De plus, le quartier se trouve en face d’une digue formée par le remblai de l’ancienne usine de ciment ce qui accentue la force des flots qui dépasse les capacités des égouts et qui se dirigent droit vers le quartier. L’intervention musclée des éléments de la Ramsa et de la municipalité d’Agadir a permis de décongestionner la situation et de réorienter le flux. L’Economiste n’a pas pu joindre les responsables d’Al Omrane pour avoir leur version, mais les faits sont là: le quartier D est bien construit sur le lit d’une rivière et il patauge dans la boue.

                                                                              

– Pour Hassad, l’urgence est de réparer les routes 
Mohamed Hassad, ministre de l’Intérieur, à la tête d’une délégation dans les zones sinistrées au sud du Maroc, a estimé qu’il est urgent d’accélérer la réparation des routes et des réseaux électriques et de distribution de l’eau potable, qui ont été endommagés. Le Ministère de l’Equipement a fait savoir que 90 axes routiers étaient encore coupés hier, dont 8 routes nationales, 27 régionales et 55 provinciales. En face, 18 tronçons ont été rétablis, dont 8 routes nationales, 6 régionales et 4 provinciales. Hassad, accompagné de Charki Draiss, ministre délégué à l’Intérieur, du wali de la région de Souss-Massa-Draa et des gouverneurs de la région, a visité plusieurs zones touchées par les inondations, et veille à la distribution des aides.

– Le soutien s’organise
Les autorités se mobilisent pour venir en aide aux populations sinistrées suite aux inondations qui ont touché plusieurs régions dans le Sud. Le Roi a donné ses instructions pour procéder à l’approvisionnement de 250 villages enclavés. Parallèlement, les autorités ont pris en charge 358 personnes sinistrées dans la ville de Guelmim. L’urgence est de leur assurer hébergement et nourriture. Surtout que plusieurs maisons menaçant ruine ont été évacuées. 298 personnes ont été placées dans un centre d’accueil du Ministère de la Jeunesse et des Sports, et 60 autres ont été accueillies au siège de la section locale de la Ligue marocaine de protection de l’enfance. Dans le monde rural de la région, près de 250 personnes issues des douars enclavés de la commune d’Asrir, qui a connu de très fortes intempéries, ont été installées dans une école.

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Publié 2 décembre 2014 par Michel Terrier dans Actualité, Agadir, Météo

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