Inondations : Le rapport accusateur d’une ONG

par Amine Belghazi – media24.com

Sidi Ifni

L’Association marocaine de protection des deniers publics évoque un détournement des aides humanitaires aux zones sinistrées et appelle à une réforme de la gouvernance.

La section Sud de l’association marocaine pour la protection des deniers publics vient de publier un rapport accusateur, en trois parties, sur les dégâts occasionnés par les récentes intempéries, le détournement des aides humanitaires et la mise en œuvre du programme d’urgence dans la ville de Guelmim.

Les récentes inondations ont mis à nu la fragilité des infrastructures dans le Sud du royaume, et ont peut-être révélé, au passage, certaines pratiques contraires à la bonne gouvernance. Du moins, à en croire cette association.

Un bilan des inondations plus lourd que le bilan officiel

Le ministère de l’intérieur a fait état de 150 maisons détruites dans les régions de Sidi Ifni et de Guelmim. Pour sa part, l’association en répertorie 1.400, sans compter le fait que sur les 200.000 familles de la région, 40.000 selon elle subissent désormais des coupures régulières d’électricité.

Le président de la section sud de l’association s’indigne devant l’état déplorable des infrastructures dans le sud du royaume.

Contacté par nos soins, Driss Moubarik est accusateur: «le pont de Sidi Ifni qui date des années 1940 a résisté au intempéries, au moment où des ponts datant d’à peine 6 mois, se sont effondrés» et appelle à «l’ouverture urgente d’une enquête pour déterminer les responsables de ces manquements et de la dilapidation des deniers publics. »

D’autres conséquences liées à la catastrophe concernent l’accès aux services de base. En effet, toutes les écoles des régions sinistrées ont dû fermer, ajouté à cela la difficulté, voire l’impossibilité, d’accéder aux centres de soins pour les personnes malades ou blessées ou les femmes enceintes.

L’association a également noté l’arrêt de l’approvisionnement en produits de première nécessité dans les régions touchées, ainsi que l’impossibilité d’accéder à l’électricité, à l’eau potable  ou à une couverture du réseau téléphonique. Les dégâts économiques sont, selon rapport, très importants, sans donner davantage de précisions sur leur ampleur.

Des aides humanitaires détournées ?

L’élan de solidarité a permis d’acheminer des aides parmi lesquelles on compte des produits alimentaires, des vêtements et couvertures, un soutien médical, des relogements temporaires ou encore des dons en argent aux familles démunies.

L’association affirme que si les aides récoltées à l’initiative des associations et des collectifs de soutien sont bien arrivées aux populations nécessiteuses, ce n’est pas le cas des aides octroyées par l’Etat. «La plupart des voies terrestres étaient bloquées, et le seul moyen d’acheminer les aides vers les régions touchées était de les rapatrier à partir du port de Sidi Ifni. C’est à partir de cet endroit que les autorités locales ont vendu les denrées alimentaires aux commerçants à 2 dirhams le kilo, en vue d’être revendues à 3 dirhams,» accuse Driss Moubarik.
Si c’est vrai, c’est honteux ! (Note M.T.)

Notons que les autorités ont diffusé des vidéos et des images montrant le largage de vivres et d’aides diverses par hélicoptères. Les FAR comme la gendarmerie ont mobilisé leurs moyens pour cela.

L’association estime que la répartition des aides s’est faite de manière inéquitable. Le rapport avance que la liste des régions devant bénéficier d’une aide a été élaborée sur la base des articles parus dans la presse nationale. D’autres régions qui se trouvaient dans un état de détresse plus avancé, et qui n’ont pas eu la possibilité de faire connaître leur réalité, n’ont pas (ou peu) bénéficié des aides, selon la même source.

Des programmes d’urgence sont lancés en dépit de l’absence de la gouvernance

La délégation ministérielle qui s’est déplacée quelques jours après la catastrophe a alloué une première enveloppe de 700 millions de DH à la restauration des infrastructures détruites. L’annonce a été faite par le Wali de la région de Guelmim, déclarée zone sinistrée. Pourtant, «il n’y a, à ce stade, aucun programme concret sur les chantiers prioritaires à restaurer» affirme le président de l’association pour la protection des deniers publics. «La liste des projets prioritaires est actuellement en train d’être établie» poursuit-il.

Contactés par Médias 24, ce dimanche 14 décembre, des responsables du ministère de l’Equipement et des Transports affirment travailler jour et nuit à la finalisation du plan d’urgence.

Une autre enveloppe dotée de 2,3 milliards de dirhams, prélevée sur le budget de l’Etat, dans lesquels ont participé plusieurs ministères dont celui de l’Equipement et le ministère de l’Intérieur, sera orientée vers la mise en place de projets à court et moyen termes dans la région de Guelmim, selon le président de l’association.

Il s’agit concrètement de projets visant la planification urbaine, les constructions de barrages, la construction d’un centre hospitalier régional et d’un centre universitaire à Guelmim, ainsi que le développement de l’infrastructure agricole dans la région.

Driss Moubarik conclut que, pour que les prochains programmes soient efficaces, il faut nécessairement améliorer la gouvernance. Et cela commence selon lui,  par l’identification des personnes responsables de l’échec des récents projets d’infrastructures dans la région.

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Publié 15 décembre 2014 par Michel Terrier dans Actualité, Environnement, Météo

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