Domaine public maritime, Rififi autour des empiétements à Taghazout

Par YASSINE SABER – leseco.ma

Alors que les riverains contestent cette décision «antisociale» – l’empiétement ne datant pas d’hier-, la direction régionale de l’Équipement estime pour sa part qu’elle s’inscrit dans une démarche de régulation du domaine public maritime au niveau de toute la province Agadir-Ida Outanane.

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L’annonce est tombée comme un couperet : les habitants de la localité de Taghazout, située au nord d’Agadir, devront libérer le domaine maritime public (DMP) qu’ils occupent illégalement. La surprise a été d’autant plus grande que la remise en l’état initial devra être effectuée dans un délai de 15 jours à compter de la réception des mises en demeure paraphées par la Direction régionale de l’équipement, du transport et de la logistique de Souss-Massa-Drâa. Pourtant, cet empiétement sur le DPM ne date pas d’hier. Selon les riverains, la commune rurale de Taghazout est née de la sédentarisation progressive des pêcheurs et de leurs familles il y a plusieurs décennies de cela, ce qui a entraîné, avec le temps et la pression sur le rivage, d’autres activités alternatives, notamment touristiques et résidentielles. En chiffres, «les mises en demeure sont au nombre de 196 à Taghazout», annonce Mohamed Bououd, président de la commune. Une réunion vient d’être tenue avec les habitants, tandis que des parlementaires ont été approchés pour trouver une issue favorable à cette situation, qui n’est pas la première dans le cadre d’un exercice de soft power. Mais une chose est sûre: l’épineuse problématique de l’occupation illégale du DPM se pose à une toute autre échelle du côté de la tutelle. Selon Hakim Bouhout, directeur régional de l’équipement, des transports et de la logistique de Souss-Massa-Drâa, l’opération s’inscrit dans une démarche de régulation du domaine public maritime au niveau de la province Agadir-Ida Outanane. Du côté des habitants, qui contestent cette décision qualifiée «antisociale», ils s’interrogent : «pourquoi les autorités locales et les services concernés ont-ils fermé les yeux devant cet empiétement autorisé des décennies durant, à tel point que des centaines de maisons ont été construites à proximité du rivage?». Pourtant, pour ce qui est de la délimitation, le DPM va du bord de mer à la limite de la marée d’équinoxe, en plus d’une zone de 6 mètres mesurée à partir de cette limite. À cet égard, la réponse ne tarde pas, du côté de Hakim Bouhout : «La commune de Taghazout n’est pas la seule à être ciblée dans le cadre de cette opération d’amorçage puisque la direction a déjà arrêté un planning triennal pour libérer le DPM dans toute la province», précise-t-il. Dans ce sens, d’autres endroits situés au nord d’Agadir sont également concernés par cette opération. Ce n’est pas tout: l’interpellation a accusé à un retard d’au moins deux années puisqu’il fallait répertorier l’ensemble du foncier. Une cartographie de ce régime et l’inventaire des infractions ont été réalisés en partenariat avec l’autorité locale et les agents commissionnés pour exercer la police du DPM. Pour rappel, le ministère de tutelle avait déjà mené une étude sur le DPM qui a permis de le délimiter ainsi que de lister les empiétements et les occupants temporaires. S’ajoute à cela l’inefficacité relevée en termes de recouvrement de la taxe d’occupation. Sur ce dernier point, les cas qui peuvent être résolus dans le cadre de cette occupation provisoire concernent, selon la direction régionale, les empiétements qui ne sont pas exposés au risque dans les zones constructibles. À cet égard, ils seront obligés de payer la redevance de location temporaire qui oscille entre 4 et 60 DH par m². En revanche, ceux qui ont construit dans des zones exposées au risque, dites «de danger» (comme les roches), ils doivent se plier à cette décision, sinon ils seront amenés à bâtir des ouvrages de protection qui coûtent plusieurs millions de dirhams. De l’avis de Hakim Bouhout, «le domaine public maritime et fluvial évolue continuellement, à tel point que dans d’autres pays, il est révisé tous les deux ans, d’où le principe d’adaptation des titres à cette évolution qui relève des aléas de la nature». De plus, les mises en demeure ne sont pas liées au tracé de la corniche, qui sera réalisé dans le cadre de la nouvelle station balnéaire de Taghazout. Ces propos sont également appuyés par Mohamed Bououd, président de la commune. Par ailleurs, la situation constitue un véritable casse-tête, et sa résolution est tributaire de l’intervention de la justice, qui mettra un point final à cette affaire.

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Publié 5 mars 2015 par Michel Terrier dans Actualité, Agadir, Aménagement, Environnement

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