Expulsion de 22 familles à Tamaouanza : Prise de bec entre le maire d’Agadir et le ministre du Tourisme

Par Ristel Tchounand – yabiladi.com

L’expulsion de 22 familles à Tamaouanza dans la commune d’Agadir au profit d’un projet touristique est au cœur des discussions d’élus de la région. Le maire de la ville qui œuvre actuellement pour que justice soit faite a contacté le ministre du Tourisme pour en parler, mais Lahcen Haddad estime que l’élu n’a pas à s’en mêler.

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« J’ai appelé le ministre du Tourisme [Lahcen Haddad, ndlr] pour lui parler de l’expulsion de ces familles. Il m’a dit que ce n’est pas mon affaire, que ça ne me regarde pas », confie à Yabiladi avec un ton empreint de déception, le maire d’Agadir, Tariq Kabbage.

L’élu s’inquiète de la situation des 22 familles ménacées d’expulsion sous ordre de la justice pour la réalisation d’un projet touristique porté par la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT), un établissement sous-tutelle du ministère du Tourisme. Et pour cause, aucune alternative n’a été proposée par la société et la justice n’en a exigée aucune, nous avait expliqué le maire d’Agadir (voir l’article ci-dessous). En d’autres termes, les familles concernées se retrouveront tout simplement à la rue.

« Ça me concerne »

« Et ça me concerne. D’abord en tant que maire, parce que cette localité est sous ma responsabilité, et même en tant qu’élu », revendique M. Kabbage qui suivant de près le dossier, rend visite aux familles de Tamaouanza. C’est d’ailleurs lui qui a évoqué leur cas au Conseil de la ville qui s’est tenu lundi 9 mars. Il a également fait part aux élus de son entretien avec le ministre du Tourisme. « Il [Lahcen Haddad, ndlr] s’en fou complètement du sort des habitants. C’est très grave qu’un ministre de l’actuel gouvernement se comporte de cette façon », regrette le maire. « Le parti au pouvoir s’appelle Justice et Développement, mais où est la justice dans cette affaire quand un ministre parle ainsi », se demande-t-il.

Pourtant, la présence de ces familles dans la localité remonte à 1895, lorsque leurs aïeux avaient acheté le terrain, une époque où le titre foncier n’existait pas. Et selon le maire, plusieurs documents officiels de la ville prouvent l’existence légale de ce village. « C’est la politique du ministère du Tourisme qui consiste à expulser les gens pour leurs projets », lance M. Kabbage. Et de préciser : « Ce sont des projets immobiliers et non touristiques. Comment expliquer qu’on n’indemnise pas les habitants s’il s’agit d’un vrai projet avec de grands hôtels, commerces, etc ? ».

Lahcen Haddad persiste

Sans se prononcer sur la nature du projet de la SMIT, le ministre du Tourisme, joint par Yabiladi, se montre plutôt compatissant à la situation des familles de Tamaouanza. « Je comprends la souffrance de ces personnes. S’ils ont besoin d’aide, je suis disposé à les rencontrer », confie-t-il. Lahcen Haddad reconnait les propos tenus dans son échange avec le maire d’Agadir. « Ce n’est pas l’affaire de Tariq Kabbage. Ça ne le regarde pas, car Tamaouanza n’est pas sous tutelle de la mairie », répète-t-il. Et d’ajouter: « Je ne suis pas d’accord qu’il utilise ça pour des raisons électorales et politiques ».

Au-delà de cette joute entre politiques, la lutte au niveau de la justice continue. L’avocat des familles, Me Aouzine Hassan, fait des pieds et des mains pour éviter leur expulsion. Il a déjà fait les démarches pour un pourvoi en cassation et compte émettre une demande de délai de grâce auprès du président du tribunal.


Voici l’article auquel il est fait référence :

Expulsion de 22 familles à Agadir : Le Conseil de la ville se mobilise « pour que justice soit faite »

Par Ristel Tchounand – yabiladi.com

Dans moins de 24 heures, l’ordre d’expulsion de 22 familles à Tamaouanza dans la région d’Agadir devrait prendre effet. Alors qu’aucune alternative n’a été proposée pour ces familles qui risquent de se retrouver à la rue après 120 de résidence de générations en générations, le Conseil de la ville d’Agadir s’est placé du côté des habitants, réclamant que « justice soit faite ».

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Les affaires sont déjà rangées et les valises faites. Les 22 familles de Tamaouanza fermeront difficilement l’œil cette nuit, hantées par la peur de se retrouver à la rue. En effet, l’ordre d’expulsion prononcé par la justice devrait prendre effet ce mercredi 11 mars 2015, pour que la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) puisse y réaliser son projet. « On ne sait pas ce qui va se passer demain, tout le monde attend, inquiet », confie à Yabiladi Hassan Hari, l’un des habitants.

Pour rappel, ces familles doivent libérer les lieux suite à un jugement rendu le 15 décembre dernier par la Cour d’appel d’Agadir, après qu’elles aient gagné le procès en première instance. La SMIT avait présenté un titre foncier attestant qu’elle a acquis le terrain en 2004. Pourtant, les générations de ces familles se succèdent dans les 22 maisons du village de Tamaouanza depuis 1895 – date à laquelle leurs aïeux avaient acquis le terrain. Et en 2003, le wali avait même signé l’autorisation d’électrification de leur localité.

« Ces familles sont légitimes à Tamaouanza »

A la mairie d’Agadir qui suit ce dossier de près, l’affaire suscite beaucoup de désolation. « Ce sont des citoyens de la ville qui ont eu ce terrain vers la fin du 19ème siècle qu’on veut expulser aujourd’hui, au profit d’un projet touristique dont on parle depuis 20 ans, mais qui n’est jamais sorti de terre », regrette le maire, Tariq Kabbage, contacté par Yabiladi. Il confirme l’autorisation d’électrification de la localité par le wali en 2003, soulignant que « si l’autorité de la ville a signé, c’est que les familles ont une existence légale sur les lieux ». « Ces gens ont les papiers de leurs maisons. Ils ont des dahirs datant du 19ème siècle, laissés par leurs aïeux. A cette époque, il n’y avait pas encore les titres fonciers », expliquent le maire, ajoutant qu’ «il y a bien des plans d’aménagements de la ville de 1984, 1988, …qui indiquent bien l’existence de ces maisons ».

Mais comment la SMIT a-t-elle obtenu un titre foncier alors qu’il y avait déjà des propriétaires légaux ? « C’est la loi du plus fort tout simplement », lance M. Kabbage, ajoutant que les cas de ce genre sont nombreux dans la région d’Agadir. Toutefois, l’histoire des habitants de Tamaouanza est quelque peu atypique, car aucune alternative n’a été proposée par la SMIT et la justice n’en n’a pas exigée non plus. « Quand on veut procéder à ce type d’opération, on ne vient pas comme ça mettre les gens à la rue, mais on les indemnise à leur juste valeur », relève le maire.

Du côté de la SMIT, toujours pas de réaction officielle. Yabiladi a, à nouveau, contacté la société – ce mardi – pour avoir sa version des faits. Après un bref entretien, le responsable communication nous a promis de nous répondre en fin de matinée. Relancé par nos soins en milieu d’après-midi, il a affirmé que le directoire de la société est disposé à répondre, mais par email. Ce que nous avons fait et attendons encore les réponses.

Demande de délai de grâce

De son côté, l’avocat des familles – Me Aouzine Hassan – a déposé ce mardi la requête de cassation et attend un retour de la justice. Mais il ne compte pas s’arrêter là. « Demain matin [mercredi, ndlr], nous allons présenter une demande de délai de grâce au président du tribunal pour arrêter l’exécution [de l’expulsion, ndlr] », explique-t-il à Yabiladi. Me Aouzine compte également saisir, par écrit, le ministère de l’Intérieur.

Dans cette affaire, les autorités locales ne faiblissent pas. Au Conseil de la ville hier, lundi, tous les élus ont « à l’unanimité » apporté leur soutien aux familles de Tamaouanza. Pour l’instant, ils attendent de voir comment les choses se passeront mercredi et réfléchissent déjà aux différentes actions à entreprendre. Tariq Kabbage n’a qu’une seule chose à coeur aujourd’hui, « que justice soit faite  » pour ces hommes, femmes et enfants qui n’ont rien d’autres que des maisons laissées en héritage.

 

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Publié 12 mars 2015 par Michel Terrier dans Actualité, Agadir, Habitat, Immobilier, Société

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