Benhammane: « 40% de la capacité hôtelière d’Agadir n’est pas aux normes »

par Yann Ngomo – h24info.ma

Salah­Eddine Benhammane, président du Conseil régional du tourisme (CRT) d’Agadir, nous éclaire entre autres sur les chantiers urgents à mener pour relancer l’activité touristique dans la ville.

benhammane

Du fait de son statut de cité balnéaire, Agadir a longtemps été la principale destination touristique du Royaume. Mais la Perle du Sud a perdu de sa superbe au fil des dernières années. Vétusté des installations, des hôtels qui peinent à remplir, des lignes aériennes délaissées par les compagnies aériennes, des carences au niveau de l’animation… tels sont les principaux problèmes soulevés lors de la journée d’étude organisée le week­end dernier sous le thème « Agadir, une destination à réinventer ». Dans cette interview, SalahEddine Benhammane, président du Conseil régional du tourisme (CRT) pour la capitale du Souss, nous parle des initiatives à court, moyen, et long terme à mener dans ce sens. Le diagnostic dressé par les intervenants est sévère, et les recommandations ont été nombreuses. Quelles vont être les priorités de votre organisme après cette réunion? L’une des priorités est la manière de présenter à l’avenir la destination Agadir. Il faut repositionner le produit comme une destination d’hiver. Vu que la promotion se travaille en amont, c’est maintenant qu’il faut s’y prendre.

Quid du moyen et long terme ? Il y a à peu près 40% de la capacité hôtelière qui n’est pas vraiment aux standards internationaux. Il s’agit souvent d’unités qui ont un minimum de moyenne d’âge de 25 ans. Or, dans ce secteur, un hôtel doit être rénové entre 12 et 15 ans. Pour les hôtels concernés, le plus jeune a 25 ans, et n’a jamais subi de travaux. Ce sont des unités qui deviennent dépassées, en décalage avec le marché. Personne ne les demande, d’où leurs faibles taux d’occupation. Il va donc falloir les accompagner, les sensibiliser à revoir le produit dans sa globalité. Il ne s’agit pas après 30 ans de refaire la tapisserie ou de passer un coup de peinture. il faut aujourd’hui, métamorphoser le produit, lui donner un autre aspect. Tout cela passe par un investissement au moins aussi important que ce qui avait permis de construire l’unité. D’où la nécessité de la création d’un fonds dédié à ces projets.
Pour les projets à long terme, disons que pour développer la destination, il faut penser à construire de nouvelles unités. Agadir étant une destination balnéaire, si on veut lui assurer un succès pérenne, il faut du front de mer. Ce n’est pas notre choix, mais celui de la clientèle. Les exemples sont assez éloquents. Les unités en front de mer qui font un taux d’occupation de 80 % ou plus. Celles situées en deuxième ou troisième ligne, à moins d’avoir un produit exceptionnel, ne font pas grand­-chose.
Quelles initiatives sont prévues pour remédier au problème de l’animation soulevé par les intervenants et plusieurs touristes interrogés ? Agadir a besoin aujourd’hui d’une cure de jouvence et il faut des produits nouveaux et adaptés à une station balnéaire. Cela passe aussi par l’investissement, en particulier dans l’infrastructure qui accompagne l’activité touristique. Nous pensons à des aménagements tels qu’un parc d’exposition, un parc de jeux, un parc aquatique, ou à des malls d’un certain niveau, qui feront que la destination sera recherchée par plusieurs catégories de clients. C’est ainsi qu’on peut augmenter les flux, pas uniquement en construisant des hôtels, car la vie elle n’est pas seulement dans les hôtels, elle est un peu partout.
La signature d’une convention de 60 millions de dirhams pour la promotion de la destination a été annoncée. Comment ce budget va-­t-­il être investi ? C’est un budget qui est appelé à augmenter si la nécessité s’en fait sentir. Il sera essentiellement question de créer des évènements qui vont faire parler d’Agadir aussi bien à l’international qu’au niveau national. Sur l’international, nous comptons mener chaque année une grosse opération de relations publiques (RP). Chaque année, nous allons choisir un pays. Il sera question d’inviter des journalistes, de décideurs, et de célébrités, qui vont alimenter le buzz. Les opérations RP viendront en soutien de ce que nous avons l’habitude de faire. Par exemple, nous avons entamé cette année un concept de soirée « White by Agadir » que nous comptons élargir à tous les marchés émetteurs. Nous aimerions par ailleurs accueillir des évènements majeurs, qui puissent être associés à l’image de la ville comme un grand marathon, une course exclusivement dédiée aux femmes, et pourquoi pas un meeting international. L’objectif est résolument de faire parler d’Agadir, car ce n’est que comme cela que l’on peut mettre en avant une destination.
Quelle place faites-­vous au marché africain dans les perspectives de développement de la destination Agadir ? On sait que l’avenir économique du Maroc est sur le continent. Tout ce que nous avons vu ces dernières années le prouve. La Royal air Maroc a d’ailleurs été sauvée grâce à son activité ici en Afrique. Aujourd’hui il y a un nombre important d’entreprises marocaines qui se sont déployées en Afrique pour préparer le terrain, car on ne peut pas avoir du jour au lendemain un volume d’activité qui peut tout permettre. Aujourd’hui, il y a le hub de Casablanca qui fonctionne bien au niveau de l’Afrique. Ce n’est qu’à partir du moment où le hub sera saturé qu’une partie du trafic sera redistribué sur les autres régions. Aujourd’hui, toute l’économie qui se développe en Afrique grâce aux entreprises marocaines continuera d’alimenter ce hub et réussira à le saturer. On parle de dessertes aériennes. Mais pour ce qui est de la formulation d’une offre touristique à destination de ces pays, faut-­il attendre systématiquement que le hub de Casablanca soit saturé? Il y a effectivement un débat à ce niveau au sein de la profession. On se demande si au lieu de se tourner vers l’Asie pour la création des lignes, s’il ne faut pas se tourner vers l’intérieur du continent africain. C’est un marché qu’on découvre, qu’on ne maîtrise pas encore. Je suis convaincu que viendra un jour où il y aura du business entre Marrakech ou Agadir et Libreville ou une autre capitale du continent. Mais il n’y a pas de certitude sur le court terme.

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Publié 1 avril 2015 par Michel Terrier dans Actualité, Agadir, Développement, Tourisme

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