-Un peu d’histoire   22 comments

L’histoire est pratiquement muette sur Agadir avant le XIIe siècle.

Au IIesiècle av. J.-C., l’historien Polybe a navigué jusqu’à l’île de Cerné (qui pourrait se trouver près de Dakhla où un ilot porte encore le nom de Herné).

Ile Herné (baie de Dakhla)

Il évoque au nord de l’Afrique, sur l’Atlantique, un portus Rhysaddir, qui se situerait non loin d’Agadir ; sa localisation est encore en débat : Polybe a doublé le « Cap Puissant » (le Cap Ghir) près duquel se trouvait ce portus Rhysaddir, puis reconnu le fleuve Quosenum (probablement l’oued Souss) et le Masathat (oued Massa), et enfin le Darat (oued Draa) où l’on trouvait des crocodiles.

La plus ancienne attestation cartographique que l’on trouve à propos d’Agadir apparaît sur une carte de 1325 : à l’emplacement approximatif de la ville actuelle, l’indication d’un lieu nommé Porto Mesegina, d’après le nom d’une tribu berbère déjà citée au XIIe siècle, les Mesguina.

À la fin de l’époque médiévale, Agadir est un bourg de peu de notoriété ; le nom même, Agadir el-arba, est attesté pour la première fois en 1510.

En 1505, les Portugais, déjà installés sur les côtes marocaines, fondent un comptoir et une forteresse au pied de la colline devant la mer, Santa Cruz do Cabo de Aguer (Sainte Croix du Cap Ghir), à l’emplacement de l’ancien quartier de Founti, (nommé ainsi d’après le mot portugais fonte qui veut dire fontaine).

Rapidement, les Portugais sont en butte à l’hostilité des tribus de la région. Dès 1530, ils sont bloqués dans Santa Cruz. Le reflux portugais s’amorce quand le 12 mars 1541 le Chérif Saâdien Mohammed ech-Cheikh s’empare de la forteresse de Santa Cruz de Aguer. Six cents survivants portugais sont faits prisonniers, dont le gouverneur Guterre de Monroy et sa fille Dona Mecia. Les captifs sont rachetés par des religieux, venus spécialement du Portugal. Dona Mecia, dont le mari avait été tué lors de la bataille, devient l’épouse de Mohammed ech-Cheikh mais meurt en couche, en 1544. La même année, Mohammed ech-Cheikh fait libérer le gouverneur Guterre de Monroy, qu’il avait pris en amitié.

Les positions portugaises au Maroc, acquises entre 1505 et 1520, vont en régressant. Après la perte d’Agadir, les Portugais doivent abandonner Safi et Azemmour.
Le Maroc commence à avoir moins d’importance pour le Portugal qui se tourne désormais vers les Indes et le Brésil. Après 1550, les Portugais ne tiennent plus au Maroc que Mazagan (devenu El Jadida), Tanger et Ceuta.

En 1572, la Casbah est construite au sommet de la colline par Moulay Abdallah el-Ghalib, successeur de Mohammed Ech-Cheikh. C’est désormais Agadir N’Ighir, littéralement, le grenier fortifié de la colline en tachelhit.

Au XVIIe siècle, sous le règne de la dynastie berbère du Tazeroualt, Agadir devient une rade d’une certaine importance, développant les échanges avec l’Europe. Il n’existe alors ni véritable port, ni appontement. D’Agadir partent notamment du sucre, de la cire, du cuivre, des cuirs et des peaux. Les Européens amènent leurs produits manufacturés, notamment des armes et des tissus. Sous le règne du sultan Moulay Ismail (1645-1727) et de ses successeurs, les échanges avec la France, jusque-là actif partenaire, régressent au profit des Anglais et des Hollandais.

Les gouverneurs portugais d'Agadir ont été :
1505 - 1512                 João Lopes de Sequeira
1512 - 1521                 Francisco de Castro
1521 - 1523                 Simão Gonçalves da Costa (1ère fois)
1523 - 1525                 António Leitão de Gamboa (1ère fois)
1525 - 1528                 Luis Sacoto
1528 - 1529                António Leitão de Gamboa (2ème fois)
1529                            António Rodrigues de Parada
1529 - 1533                 Simão Gonçalves da Costa (2ème fois)
1533 - 1534                 Guterre de Monroy (1ère fois)
1534 - 1538                 Luís de Loureiro
1538 - 1541                 Guterre de Monroy (2ème fois)

En 1731, un sévère tremblement de terre frappe la ville. En 1746, les Hollandais installent un comptoir au pied de la Casbah, sous l’autorité du sultan, et participent sans doute à la restauration de la ville. Au-dessus de la porte d’entrée de la Casbah, on peut encore voir l’inscription hollandaise «Vreest God ende eert den Kooning», qui signifie «Crains Dieu et honore ton roi», et la date 1746.

Après une longue période de prospérité sous les règnes des dynasties saadiennes et alaouites, Agadir décline à partir de 1760, à cause de la prééminence accordée au port concurrent d’Essaouira, par le Sultan Alaouite Sidi Mohammed ben Abdallah, qui veut châtier le Souss, rebelle à son autorité. Ce déclin dure un siècle et demi. En 1789, un voyageur européen fait une brève description d’Agadir : « C’est maintenant une ville déserte, il n’y a plus qu’un petit nombre de maison qui tombent en ruines ».

En 1881, le sultan Moulay Hassan ouvre de nouveau la rade au commerce afin de pouvoir ravitailler les expéditions qu’il envisage dans le sud. Ces expéditions destinées à réaffirmer son autorité sur les tribus du Souss et à s’opposer aux projets des Anglais et des Espagnols, eurent lieu en 1882 et 1886.

En 1884, Charles de Foucauld décrit dans Reconnaissance au Maroc son rapide passage à Agadir, venant de l’est : « Je longe le rivage jusqu’à Agadir Irir. Le chemin passe au-dessous de cette ville, à mi-côte entre elle et Founti : Founti est un hameau misérable, quelques cabanes de pêcheurs; Agadir, malgré son enceinte blanche qui lui donne un air de ville, est, me dit-on, une pauvre bourgade dépeuplée et sans commerce. »

En 1911, l’envoi d’une canonnière allemande dans la rade provoque le Coup d’Agadir et fait brutalement apparaître Agadir sur la scène mondiale. Invoquant un appel à l’aide d’entreprises allemandes de la vallée du Souss, l’Allemagne décide, le 1er juillet 1911, pour protéger ses intérêts au Maroc et défendre ses prétentions sur le pays, d’envoyer dans la baie d’Agadir, dont la rade avait été, jusqu’à 1881, fermée au commerce étranger, une canonnière, la SMS Panther, rapidement relayée par le croiseur Berlin. Les très vives réactions internationales, en particulier celle de la Grande-Bretagne, surprennent l’Allemagne. La guerre menace. Après d’âpres négociations, un traité franco-allemand est finalement signé le 4 novembre 1911, laissant les mains libres à la France, qui va pouvoir établir son protectorat sur le Maroc , en contrepartie celle-ci cède quelques colonies en Afrique. C’est alors seulement que la canonnière Panther et le croiseur Berlin quittent la baie d’Agadir.

En 1913, la ville (Agadir N’Ighir et Founti) compte moins de mille habitants.   Le 15 juin 1913 les troupes françaises débarquent à Agadir. En 1916, un premier appontement est construit près de Founti, une simple jetée, dite plus tard «jetée portugaise », qui a subsisté jusqu’à la fin du XXe siècle. Photo Jean Nagy

Après 1920, sous le protectorat français, un port est aménagé et la ville connait un premier essor avec la construction de l’ancien quartier Talborjt situé sur le plateau au pied de la colline. Deux ans après, à côté de Talborjt, le long de la faille géologique de l’oued Tildi, le quartier de Yahchech, plus populaire, a commencé à se construire.

Autour de 1930, Agadir est une étape importante de l’Aéropostale où Saint-Exupéry et Mermoz font escale.

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Le quartier de Founti et la plage en 1930

Le quartier de Founti et le port en construction en 1930

Dans les années 1930 un centre-ville moderne commence à s’édifier, selon les plans des urbanistes Henri Prost, directeur du Service d’urbanisme du Protectorat, et de son adjoint Albert Laprade, sur un tracé en fer à cheval s’appuyant sur le front de mer, autour d’une grande avenue perpendiculaire à ce front de mer, l’avenue Lyautey, renommée depuis avenue du Général Kettani. Dans les années 50, le développement urbain se poursuit sous la direction du directeur du Service de l’urbanisme du Maroc, Michel Écochard.

Après 1950 et l’ouverture du nouveau port de commerce, la ville, très dynamique, se développe avec la pêche, les conserveries, l’agriculture, l’exploitation minière. Elle commence aussi à s’ouvrir au tourisme grâce à son climat et à ses beaux hôtels. Plusieurs années de suite, à partir de 1952, Agadir organise le Grand Prix d’Agadir, puis le Grand Prix automobile du Maroc.

En 1959, le port reçoit la visite du yacht de l’armateur grec Aristote Onassis et de son hôte, Winston Churchill.

Le 29 février 1960, Agadir, qui compte alors plus de 40 000 habitants, est ravagée par un tremblement de terre de magnitude 5,7 sur l’échelle de Richter, qui fait plus de 15 000 morts.

La ville actuelle a été reconstruite 2 km plus au sud, sous la conduite des architectes Jean-François Zevaco, Élie Azagury, Pierre Coldefy, Claude Verdugo.La Poste Principale (Jean-François Zevaco)

La caserne de pompiers (Jean-François Zevaco)

Agadir est devenu une grande ville (500 000 habitants en 2004), disposant d’un grand port avec quatre bassins : port de commerce avec tirant d’eau de 17 mètres, triangle de pêche, port de pêche, port de plaisance avec marina.

Marina d'Agadir

Agadir fut le premier port sardinier au monde dans les années 80, et possède une plage célèbre s’étirant sur plus de 10 km avec une des plus belles promenades de front de mer au monde. Son climat offre 340 jours de soleil par an et permet de se baigner en toutes saisons ; l’hiver y est exceptionnellement doux et la chaleur de l’été jamais étouffante (la brume d’été n’y est d’ailleurs pas rare).

Agadir est le premier pôle touristique du pays, place parfois disputée par Marrakech, et le premier port de pêche du Maroc.
L’activité commerciale y est également en plein essor avec l’exportation d’agrumes et de légumes produits dans la fertile vallée du Souss.

Avec ses immeubles blancs, ses larges boulevards fleuris, ses hôtels modernes et ses cafés de style européen, Agadir n’est plus une ville typique du Maroc traditionnel, mais c’est une cité moderne, active et dynamique, résolument tournée vers l’avenir.

La baie d’Agadir et la baie de Taghazout voisine sont membres du Club des plus belles baies du monde.

La ville est desservie par l’Aéroport international d’Al Massira. Pratiquement toutes les compagnies internationales et low cost la desservent désormais.

publié 11 mars 2011 par Michel Terrier

22 réponses à “-Un peu d’histoire

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  1. Bravo pour l’histoire d’Agadir !

  2. Bonjour, je fait un exposé sur l’urbanisme d’Agadir.
    Je souhaiterai savoir si on peut cartographier les premiers comptoires et la forteresse portugaise de1505?
    Merci

  3. merran gilbert
    rescapé du tremblement de terre en 1960,bravo pour votre site et sur l’histoire d’agadir.

  4. merci

    moulay omar jaafari
  5. Beau travail , merci mon vieux.

  6. tres bon travail bon courage

  7. Bravo pour votre remarquable blog ! Merci pour le plan de l’ancienne Agadir sur lequel j’ai pu retrouver le boulevard Clémanceau où était située notre maison. Je suis le fils du capitaine de Leusse qui dirigea l’activité Matériel de l’armée de septembre 1956 à juin 1957. Si vous disposez de davantage de photos de cette période, je suis preneur. Encore bravo et merci, bien cordialement, Bertrand de Leusse.

    de Leusse Bertrand
  8. I would like to personally congratulate you for the excellent work you’re doing for the city, this is not only a simple blog but rather a reference for researchers . BRAVO!!

    Amine Ben Khadda
  9. Tres beau travail de documentation. J’adore votre blog qui donne envie de revenir explorer les richesses de ce pays magnifique où l’art de vivre et la courtoisie sont de mise

  10. REMARQUABLE TRAVAIL.

    MERCI

    ABOUDHAG khalid
  11. Merci pour ce travail remarquable. Je suis un ancien du Collège Moulay Youssef ben Tachfin 1957/1958 et nous habitions dans la villa à l’intérieur du stade, au pied de l’Hôtel Saada. Pour Mazagan, je conseille l’excellente étude de Laurent Vidal, parue en livre de poche sous le titre « Mazagan-Mazagao, la ville qui traversa l’Atlantique ».

  12. Bravo pour cette très belle page et un grand MERCI.

  13. TRÈS BEAU DOCUMENTAIRE SUR MA VILLE
    J APPRÉCIE BEAUCOUP LE TRAVAIL AVEC LES PHOTOS QUE JE REGARDE POUR LA PREMIÈRE FOIS DE MA VILLE NATALE , MAIS J AURAI AIMER QUE VOUS CHANGIEZ LE MOT : BERBÈRES PAR LE MOT AMAZIGHES PUISQUE LA PLUPART DES AGADIRIS N AIME PAS CE MOT COMPARE PAR( BARBARES ) !! C MA SEULE OBSERVATION
    CORDIALEMENT
    YOUNESS JAIFRI PROFESSEUR EN PRIMAIRE D AGADIR

  14. C’est palpitant, merci pour ce magnifique travail, moi qui suis amoureuse du Maroc, vous m’avez comblée.

  15. Super Blog bien documenté .Pas natif du Maroc mais amoureux de ce pays .merci de nous le raconter . Superrrrr.
    un chibani André

  16. Un travail de qualité.merci infiniment pour ce blog. bravoooooo.

    hassan lakbaich
  17. Je viens de m’inscrire et je suis déjà très satisfaite du travail de longue haleine qui a été fait pour faire aboutir ce blog , chapeau bas ^^

  18. Très beau résumé de l’historique d’Agadir en raccourci. De bons choix d’édition sur ce qui a été écrit depuis 10ans par des groupes tels qu’Amidagadir, Agadir1960.com etc. Grâce au net (domaine publique) on peut retrouver les sources. Toutefois dans la partie contemporaine, on aurait aimé une approche plus marocaine, c’est-à-dire le point de vue de contemporains ayant toujours habité leur ville.
    M3G

  19. Merci.
    J’ai beaucoup appris à la lecture de votre texte intéressant de ce coin du Maroc que je connais bien.
    Cordialement
    J.Tesseyre

  20. trés bien, beau travail de recherches, merci pour le côté historique et la qualité des documents et photos bravo !!!

    BESSAYE Serge
  21. Beau travail beaucoup d’information avec un suivi de l’évolution de la ville son histoire bravo merci pour ce merveilleux blog

    BESSAYE Serge
  22. REMARQUABLE TRAVAIL.

    MERCI

    Jean_Marie Sénamaud

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